Maartje Bastings, la scientifique qui gravit des montagnes

Maartje Bastings se prépare avant son entraînement. ©Alain Herzog/EPFL 2020

Maartje Bastings se prépare avant son entraînement. ©Alain Herzog/EPFL 2020

Série d’été : Vocation chercheuse. Directrice du Laboratoire des biomatériaux programmables, Maartje Bastings a trouvé son équilibre entre sa passion pour la course en pleine nature, ses recherches sur l’ADN des matériaux et sa vie de famille

Commeire, petit village valaisan dont les chalets semblent posés en équilibre dans la pente escarpée de la montagne. Là-haut, le plat n’existe pas. Il n’y a pas d’autre choix que de monter ou de descendre. Entouré de prés sur le point d’être fauchés, le hameau isolé donne le vertige. C’est ici que nous a donné rendez-vous Maartje Bastings. La professeure du Laboratoire des biomatériaux programmables s’apprête à parcourir seize kilomètres et 1400 mètres de dénivelé, le tout au pas de course. Un entrainement ordinaire pour cette scientifique adepte du trail. L’affaire sera bouclée en 2 heures 40 minutes. 

Départ dans le petit hameau de Commeire au-dessus d'Orsières
Départ du petit hameau de Commeire, au-dessus d'Orsières. ©Alain Herzog/EPFL 2020

Maartje Bastings mène d’une main de maître sa carrière de chercheuse et sa passion pour la course en montage qu’elle considère comme indissociables. « Le sport me prend de l’énergie physique, mais me donne de l’énergie mentale en retour. Sans lui, je ne pourrais pas travailler de manière aussi efficace. Je pense même que d’aller en montagne représente une partie de mon métier », explique-t-elle. En effet, c’est dans l’effort et sur les crêtes que la jeune femme de 36 ans trouve les solutions aux problèmes scientifiques. De là-haut, elle parvient à obtenir une vision d’ensemble, prendre du recul. La plupart de ses idées lui sont venues en courant.

"Là-haut, le plat n’existe pas." ©Alain Herzog/EPFL 2020

« No pain, no gain »

Compétitive dans l’âme, elle a su dès son premier cours à l’université qu’elle voulait devenir professeure. Et comme dans le sport, elle a donné le meilleur d’elle-même pour atteindre son objectif. « Les gens ne se rendent pas forcément compte, mais il y a énormément de travail pour arriver là où je suis. La notion de sacrifice s’avère très présente. Aujourd’hui, je ne regrette rien, car je fais le job de mes rêves ». 

C'est en montagne que Maartje Bastings trouve l'énergie mentale. ©Alain Herzog/EPFL 2020

Maman d’un petit garçon d’un an, Maartje Bastings passe ses week-ends dans son van à arpenter les Alpes. Elle souhaite montrer qu’un travail exigeant et une passion sportive sont compatibles avec une vie de famille. « On peut très bien être professeure et maman. J’espère que mes futures collègues ne se mettront pas ce genre de barrière. »

Maartje Bastings en plein effort. ©Alain Herzog/EPFL 2020

Dans son laboratoire comme en montagne, Maartje Bastings conserve la même philosophie qui pourrait se résumer par l’expression anglophone « No pain, no gain ». « Si l’on veut obtenir un résultat, qu’il soit sportif ou scientifique, on doit fournir des efforts et accepter les moments moins fun. Passer deux jours à réaliser des échantillonnages, ce n’est pas drôle. Gravir une pente sur plusieurs kilomètres non plus. Mais en gardant en tête notre but premier, celui qui nous pousse vers l’avant, on peut franchir les étapes plus pénibles. »

Rien de mieux que de se rafraîchir les pieds dans l'eau. ©Alain Herzog/EPFL 2020

Une curiosité profonde

Afin de trouver l’énergie nécessaire pour mener de front ses recherches et la pratique de son sport, dans lequel elle se considère comme amateur-professionnelle, Maartje Bastings mise sur l’organisation et ses « to do list ». « Dans ma vie, je reste efficace et concentrée. Je planifie mon quotidien de telle manière à ne pas perdre de temps inutilement. » Le plus important est qu’elle puisse conserver son équilibre entre son travail et la montagne. « Si je suis fatiguée ? Non, car tout ce que je fais m’intéresse. Ma curiosité profonde me donne de l’énergie en retour », confie-t-elle les pieds dans l’eau de la fontaine du village de Commeire.

L'interview se déroule au bord de la fontaine, après 2h40 d'effort! ©Alain Herzog/EPFL 2020

Bio

1984 : naissance à Eindhoven, Pays-Bas
2007/2008 : double diplôme en bio-ingénierie et en musique (flûte traversière)
2003 : premier cours à l’Université de technologie d’Eindhoven. Sa vocation est née
2012 : thèse intitulée « Dynamic Reciprocity in Bio-Inspired Supramolecular Materials »
2016 : Leadville Trail 100 Run, États-Unis, 160 kilomètres en 24 heures
2017-2018 : membre de l’équipe nationale hollandaise d’ultra-trail
2017 : directrice du Laboratoire des biomatériaux programmables
2019 : naissance de son fils Elliott
2019 : remporte la 2ème place lors du trail des Dents Du Midi – (57km, 3700 mètres de dénivelé, relais)


Auteur: Valérie Geneux
Source: EPFL