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16.06.17 - Un récent rapport de la Vice-présidence pour l’innovation (VPI) analyse l’efficacité de l’écosystème entrepreneurial de l’EPFL. Celle-ci se révèle à travers les indicateurs habituels tels que les créations d’emploi, les levées de fonds, ou encore la revente des sociétés qui naissent sur le campus. Il se matérialise désormais par les investissements réalisés par des spin off à succès dans d’autres, qui démarrent.

La croissance rapide étant à la fois le point de mire et le dénominateur commun des spin off, ces entreprises créées par des employés de l’EPFL, c’est sur des indices tels que les créations d’emplois, les levées de fonds, ou encore les ventes des sociétés avec une importante plus-value, que se mesure le mieux la réussite d’un écosystème. Compilés dans un récent rapport de la Vice-présidence à l’innovation, ces indicateurs montrent une augmentation rapide du nombre et de la taille de ces jeunes entreprises ainsi que l’importance de l’émulation créée par les succès de certaines d’entre elles.

5 à 6 % des emplois dans les start up

Selon un récent rapport du Conseil Fédéral, la Suisse est un des pays qui présentent la plus grande proportion d’entreprises à forte croissance. C’est particulièrement vrai sur l’arc lémanique où elles rassemblent 5 à 6% des emplois. Ces trois dernières années, plus de 60 spin off ont été créées dans les domaines, presque à parts égales, de la santé, de l’informatique et du hardware (robotique, capteurs, énergie…).

Une enquête réalisée en février dernier auprès des spin off de l’EPFL, montre une augmentation constante des places de travail créées par celles-ci depuis 10 ans. Les entreprises fondées en 2008 emploient actuellement près de 400 personnes, 350 pour celles initiées en 2009 ou encore une cinquantaine pour les jeunes pousses démarrées en 2016. Des chiffres qui s’expliquent par l’arrivée à maturité des entreprises : «On sait que jusqu’à une certaine taille, les sociétés les plus avancées dans le processus créent davantage d’emplois », souligne Hervé Lebret, co-auteur du rapport et responsable de l’unité start up de l’Ecole. Ce chiffre devrait donc continuer à croître ces prochaines années puisque le nombre de nouvelles entreprises continue d’augmenter.

La vie des spin off n’est pas de tout repos, et même si l’idée est bonne et l’entrepreneur motivé, amener une technologie sur le marché se heurte à de nombreux écueils. Pourtant, le taux de survie des spin off à l’EPFL, ainsi qu’à l’ETHZ d’ailleurs, comme le souligne le rapport, est très élevé: 90% après cinq ans. Il est habituellement plutôt de 50%. Un indice qui est parfois pris pour une marque de succès, mais qui n’enthousiasme pas particulièrement Hervé Lebret : «aux États-Unis par exemple, les sociétés de venture capital sont souvent moins patientes avec les entrepreneurs qu’ils soutiennent, et ces derniers, habitués à la prise de risque, préfèrent échouer rapidement que s’obstiner. Les Européens préfèrent parler de persévérance». Une longévité à laquelle la grande palette de conseils, de réseaux, de possibilités de confronter ses idées aux acteurs du marché et autres n’est certainement pas étrangère :. Lausanne et Zurich, forts de systèmes efficaces pour aider les start up à franchir le cap difficile des années de développement avant la mise sur le marché, sont cités par les fondateurs de Skype comme des acteurs importants sur la scène européenne de l’innovation.

Des rachats en hausse

Les levées de fonds marquent un tournant pour les entreprises et symbolisent une reconnaissance de la valeur commerciale de la technologie. Elles atteignent chaque année 20 à 30 milliards aux États-Unis, alors qu’elles franchissent rarement la barre des 7 milliards en Europe. Différence de culture dans laquelle les spin off de l’EPFL tirent leur épingle du jeu: elles lèvent plus de 100 millions par an depuis 2009, dont 70% dans le domaine de la santé. Ces investissements ne franchissaient pas la barre des 50 millions auparavant. Il est possible que ce point d’inflexion ait été engendré par le succès de Biocartis, une spin off qui a levé un montant record de 330 millions avant son entrée en bourse, en 2009. Cette réussite a, de plus, incité des start up qui n’étaient pas liées à l’EPFL, à venir s’installer sur le campus et à y développer des collaborations avec des laboratoires et d’autres entreprises de la place.

Les fusions-acquisition, souvent opérées par de grandes entreprises pour acquérir rapidement de nouvelles technologies sans passer par une coûteuse phase de recherche et développement, sont l’option de sortie la plus répandue pour ces jeunes entreprises. A l’EPFL, elles sont neuf à avoir fait le grand saut depuis 2008, à l’image de Lemoptix rachetée par Intel, Jillion par Dailymotion ou encore PlayfulVision par Second Spectrum. Les montants de ces transactions sont rarement connus, mais se comptent en millions. « Avec 8% de rachats, l’écart avec les grandes universités américaines se réduit, mais on est encore loin des 25 % du MIT ou de Stanford», souligne Hervé Lebret.

Signe tangible de succès : une spin off en rachète une autre

Grâce à ces succès, un écosystème de soutien financier par les start up du campus elles-mêmes est en train de se mettre en place. Une étape supplémentaire vient d’ailleurs d’être franchie puisque début juin une spin off, Mindmaze, a investi dans une autre: Gait up, spécialisée dans les capteurs d’analyse du mouvement. La première a, rappelons-le, elle-même attiré 100 millions de francs en 2016 avant d’être promue au statut de licorne – soit valorisée à un milliard avant même son entrée en bourse -. La nouvelle de ce rachat réjouit les acteurs du transfert de technologie sur le campus qui voient là un autre signe tangible du bon développement de l’écosystème entrepreunerial patiemment mis en place depuis trente ans.

Deux tiers des créateurs de start up ne sont pas suisses
L’EPFL est connue pour être l’une des universités les plus internationales du monde. En 2016, plus de 60% des doctorants, par exemple, étaient étrangers. Une étude menée par l’EPFL en avril 2017 sur la base de données interne et du registre suisse du commerce a montré que ces dix dernières années, 50% des entrepreneurs en Suisse étaient originaires d’un autre pays européen et que 20% venaient d’un autre continent. Avant 2001, la proportion était inversée puisque les entrepreneurs étaient à 70% suisse et la plupart des autres étaient européens. Il est encore intéressant de constater qu’actuellement les entrepreneurs suisses contribuent pour 40% aux créations d’emploi ainsi qu’à 30% des levées de fonds.
 

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