«Le savoir est disponible, l'humain le met en perspective»

Christian Lafforgue, meilleur enseignant 2025 de la section de génie électrique et électronique de l’EPFL - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Christian Lafforgue, meilleur enseignant 2025 de la section de génie électrique et électronique de l’EPFL - 2026 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0

Christian Lafforgue ne connaît que trop bien l’influence d’une ou un professeur sur les choix académiques de ses étudiantes et étudiants. Pour le meilleur enseignant 2025 de la section de génie électrique et électronique de l’EPFL, bon enseignement rime avec sens aigu de l’humanité.

«Depuis que je suis vos cours, j’aime l’électricité.» Cette remarque d’un étudiant est «le plus chouette compliment» qu’ait reçu Christian Lafforgue. Au cours de ses études, le meilleur enseignant de la Section de génie électrique et électronique de l’EPFL 2025 a aussi pu réaliser lui-même que l’intérêt pour une matière peut varier considérablement en fonction de la personne qui l’enseigne.

«À lui seul, un professeur peut créer des vocations ou, à l’inverse, dégoûter à vie.» C’est ce constat qui a allumé chez lui la flamme de l’enseignement. Dès l’adolescence, le collaborateur scientifique du Laboratoire de systèmes photoniques (PHOSL) a pris du plaisir à transmettre ses connaissances scientifiques de façon plus ou moins informelle, que ce soit en donnant des coups de main à ses camarades de classe ou en dispensant des cours d’appui.

À l’époque du lycée et de la classe préparatoire, qu’il a fréquentés à Aix-en-Provence, il a notamment eu «deux professeurs de physique exceptionnels. Ils avaient en commun un côté très humain», analyse l’ingénieur. «Je suis convaincu que cette qualité est primordiale dans l’enseignement. Tandis que le savoir brut est accessible dans les livres et sur Internet, sa mise en perspective découle forcément de l’humain.»

Enseigner davantage

La physique, justement, a été son premier amour académique. «J’avais prévu d’y consacrer mes études universitaires, mais plusieurs professeurs m’ont découragé, m’informant qu’il n’y avait pas de débouchés professionnels dans cette discipline.» Le jeune homme se tourne alors vers l’ingénierie et intègre – logiquement, vu son intérêt pour l’enseignement – l’École normale supérieure (ENS). «En début de cursus, nous avons testé différentes branches et j’ai été séduit par l’électricité. Le fait qu’elle impliquait pas mal de physique n’y est sans doute pas pour rien.»

Après avoir décroché successivement une agrégation de sciences industrielles pour l’ingénieur en génie électrique à l’ENS Paris-Saclay et un master en électronique et photonique à l’Université Paris-Sud, Christian Lafforgue rejoint le Centre de nanosciences et de nanotechnologies (C2N) d’Orsay. C’est là qu’il rédige sa thèse, consacrée à l’optique non linéaire pour la photonique silicium. En 2022, il déménage en Suisse et intègre l’EPFL en tant que chercheur postdoctoral.

J’estime qu’en tant que scientifique, on se doit de réfléchir aux retombées potentielles de ses travaux.

Christian Lafforgue, meilleur enseignant 2025 de la section de génie électrique et électronique de l’EPFL

«Actuellement, mon activité de chercheur prime sur mon activité d’enseignant», souligne le responsable du cours d’introduction aux sciences et technologies de l’électricité. Destiné aux étudiantes et étudiants en première année de Bachelor de la section de génie mécanique, ce cours est dispensé à plus de 500 personnes. «Mais si les circonstances venaient à inverser la tendance, je serais tout à fait prêt à intensifier mon activité d’enseignement», lâche-t-il sans hésiter. Et d’ajouter avec un clin d’œil: «Mon postdoc s’achève fin 2026. Peut-être aurai-je la possibilité de rester à l’EPFL… et d’enseigner davantage.»

Devoir éthique

En admettant que les vœux du meilleur enseignant de Section 2025 soient exaucés, gageons que ce serait tout à l’avantage des étudiantes et étudiants de l’EPFL. Si l’on en croit leurs évaluations, ils apprécient particulièrement la qualité d’écoute sincère de leur professeur, sa faculté à modifier le cours en fonction de leurs remarques, ainsi que la structure logique des enseignements. «Je pense qu’ils aiment aussi le fait que je porte un soin particulier à l’intégration de mon cours dans le reste du cursus de Bachelor en génie mécanique.» Last but not least, «j’essaie de faire passer la matière sur un ton léger, dans un esprit de dialogue.»

Mais ce qui fait vraiment la «patte» Lafforgue, c’est son infatigable effort de mise en contexte des enseignements. «J’introduis systématiquement mes cours en expliquant pourquoi nous allons étudier telle ou telle chose. Pour cela, je donne notamment des exemples concrets locaux et j’aborde l’impact sur l’environnement.» Le collaborateur du PHOSL fait par ailleurs un usage généreux d’anecdotes tirées de l’histoire des sciences. D’une part, ces dernières piquent l’attention de son auditoire. Mais surtout, «elles me permettent d’aborder les questions éthiques liées à la matière traitée en cours».

Ces questionnements éthiques constituent l’un des chevaux de bataille de Christian Lafforgue, que ce soit dans la recherche ou dans l’enseignement. «J’estime qu’en tant que scientifique, on se doit de réfléchir aux retombées potentielles de ses travaux.»


Auteur: Patricia Michaud

Source: Sciences et techniques de l'ingénieur | STI

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