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16.03.17 - Généreux mais ultra-compétitif, le prestigieux programme européen de bourses fête ses 10 ans ce mois. Les chercheurs de l’EPFL, première institution suisse, en ont décroché plus d’une centaine.

«Grâce aux ressources considérables fournies sur cinq ans par la bourse ERC, je peux étudier en même temps deux aspects complémentaires du fractionnement isotopique de l'uranium», se réjouit Rizlan Bernier-Latmani, professeur au Laboratoire de microbiologie environnementale. Elle vient de décrocher une de ces aides européennes ultra-compétitives. «C’est un stimulant considérable pour ma carrière qui me permet aussi de me positionner de façon unique à l'intersection de ces deux domaines.»

Lancée il y a dix ans, l’initiative du Conseil Européen de la Recherche (ERC) a façonné le paysage de la recherche européenne. Environ 7000 scientifiques de toutes nationalités ont ainsi été financés, impliquant quelque 40 000 collaborateurs. Chaque année, l’ERC distribue de fait près de 2 milliards de francs suisses.

Un taux de succès de 30%

La Suisse occupe le 5e rang des bénéficiaires avec près de 500 ERC acquises en dix ans. L’EPFL, qui en a obtenu 116*, se hisse au quatrième rang des institutions d’enseignement supérieur européennes. Devancée par trois universités britanniques et suivie de près par l’ETH Zurich (110 bourses). Pour les deux hautes écoles suisses, le résultat est d’autant plus remarquable qu’elles ont dû passer deux tours en 2014, suite à la votation du 9 février contre l’immigration de masse cette année-là. Au-delà des chiffres absolus, c’est le récent taux de succès des postulants de l’EPFL qui impressionne: plus de 30% alors que la moyenne se situe autour de 10%.

«Cela reflète l’excellence des chercheurs», avance Michele De Palma, qui vient de décrocher une Consolidator Grant, après une Starting (voir ci-contre). «S’ajoutent les efforts du Research Office et des services centraux dans la préparation des dossiers et des interviews de sélection». Le fait que la bourse soit individuelle permet aux chercheurs plus de liberté dans la réalisation de leur projet. En outre, comme Michele De Palma, plusieurs chercheurs arrivent à l’EPFL avec leur ERC et c’est autant de fonds pour l’institution.

Seuls les projets à haut risque et à grand potentiel, reflets de l’excellence scientifique, passent la rampe. «Dans la vie d’un scientifique, demander une ERC constitue aussi un vrai moment de réflexion sur ce que l’on va faire les cinq prochaines années», estime Denis Duboule, professeur au Laboratoire de génomique du développement, qui a déjà décroché deux AdvancedGrants.

«En 5 ans, on arrive à des résultats intéressants et à les publier», apprécie Michele De Palma. Denis Duboule considère toutefois qu’une certaine flexibilité serait bienvenue: «Quand on décroche la bourse, on ne trouve pas dans l’heure quatre chercheurs hautement compétents. La mise en route peut être longue et le projet devrait pouvoir s’étaler sur six ou sept ans.»

*total 2007-2015 + les Starting et Consolidator Grants 2016

Quatre types de bourses
Les financements ERC sont destinés aux chercheurs, indépendamment de leurs âges ou nationalités, pour mener leurs travaux dans l’un des 27 États membres de l’UE ou des pays associés.
- Starting grant: 2 à 7 ans d’expérience après le PhD, jusqu'à 1,5 million d’euros pour 5 ans.
- Consolidatorgrant: 7 à 12 ans d’expérience après le PhD, jusqu'à 2 millions d’euros pour 5 ans.
- Advanced grant: chercheurs expérimentés à la réputation établie, jusqu'à 2,5 millions d’euros pour 5 ans.
- Proof of concept: scientifiques ayant déjà bénéficié d’une bourse ERC, pour soutenir la commercialisation ou l’application des résultats.

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