«Je mimique l'approche ingénieur, mais sur un autre terrain»

Michaël Aklin - le meilleur enseignant 2025 de la Section management de la technologie et entrepreneuriat de l’EPFL - 2025 EPFL/Alain Herzog - CC-BY-SA 4.0
«Que se passe-t-il une fois que l’on sort du ‘safe space’ du laboratoire?» Durant ses cours, Michaël Aklin - le meilleur enseignant 2025 de la Section management de la technologie et entrepreneuriat de l’EPFL - rappelle que les nouvelles technologies ont forcément des répercussions sociétales.
Le cours de Michaël Aklin débute par la révolution néolithique. «Cela surprend généralement les étudiantes et étudiants», s’amuse le meilleur enseignant 2025 de la Section management de la technologie et entrepreneuriat de l’EPFL. «Mon but est de leur montrer que durant des millénaires, la société a été basée sur un modèle où la stabilité faisait figure de constante.» Ce n’est que «récemment», dès le milieu du 18e siècle, «qu’on est passé à un modèle où c’est, à l’inverse, le changement qui est la constante».
Le professeur associé d’économie et de management de l’innovation se demande d’ailleurs «si l’être humain est équipé pour faire face à tout ce changement, qui crée de nombreux risques et incertitudes». Il poursuit: «Le moteur de la révolution industrielle était l’évolution technologique. L’innovation a certes amené un niveau de bien-être inégalé, mais on atteint gentiment le moment où la machine se met à tousser.» Il cite l’exemple tristement parlant des énergies fossiles.
«Il y a tout un modèle à réinventer!», commente le titulaire de la Chaire en politique publique et durabilité (PASU). «Cela ne veut bien évidemment pas dire que nous devons nous passer des technologies. Reste qu’il est urgent de promouvoir celles qui augmentent le bien-être sans effets secondaires néfastes.» C’est justement là que les politiques publiques entrent en jeu. «Prenons le cas de l’électricité: il ne suffit pas d’installer ça et là quelques panneaux solaires pour finaliser la transition énergétique. Il faut une vraie stratégie économique et politique concertée et coordonnée.»
Toutes sections confondues
Et les futurs ingénieurs et ingénieures en cours de formation à l’EPFL, dans tout ça? «Le lien entre innovation technologique et développement économique est évident. Mais dès que les technologies ont des répercussions sociales plus larges, les complications apparaissent.» En effet, «si la population rejette une technologie, que les politiques publiques ne suivent pas ou que le modèle économique dysfonctionne, même l’innovation la plus prometteuse sera vouée à l’échec.»
En cours, le travail de celui qui est aussi codirecteur du centre Entreprise for Society (E4S) consiste donc à aborder la question centrale suivante: «Que se passe-t-il une fois que la technologie sort du ‘safe space’ du laboratoire?» Cette question est pertinente pour l’ensemble du corps estudiantin de l’EPFL. De fait, les enseignements en management de la technologie de Michaël Aklin sont ouverts aux étudiantes et étudiants de toutes les sections de la haute école.
SimCity plutôt que Lego
Cela tombe bien, car l’enseignant n’a pas un profil académique linéaire. Durant sa formation, il a flirté aussi bien avec l’économie qu’avec la politique et les relations internationales. «Enfant déjà, j’aimais comprendre comment les choses fonctionnent.» Ce qui le distinguait de ses étudiantes et étudiants actuels? Le fait que «ce n’était pas le fonctionnement des machines ou des ouvrages qui m’intéressait, mais celui des groupes de personnes.» Plutôt qu’aux Lego, «je jouais à SimCity», se souvient-il.
Théorie des jeux, modélisation, gestion: autant de thèmes qui, au fil des ans, ont éveillé son sens économique. «Mais à la fin de l’adolescence, j’avais encore tendance à croire qu’économie rimait forcément avec comptabilité et finances.» C’est donc vers l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève qu’il se tourne. «Il s’agissait d’un cursus de licence très large, ce qui me convenait bien.» Son diplôme, il le complète par un master en économie politique à la University of Essex. Puis il enchaîne sur une thèse - à cheval entre l’économie et la politique - à la New York University, consacrée à l’analyse économétrique de la propagation internationale des émissions de dioxyde de carbone via le commerce international.
Quant à la sensibilité du titulaire de la PASU pour la durabilité, son origine remonte au gymnase : le jeune homme s’intéresse à des thématiques telles que l’énergie et le climat. «Pas par fibre activiste, mais parce qu’à l’ère de Bush et des conflits autour du pétrole, je souhaitais comprendre quel était le potentiel des technologies durables pour résoudre de grands défis mondiaux.» À cette époque déjà, «j’étais fasciné par la résolution des problèmes qui s’étendent sur la durée, parfois sur plusieurs générations». Plus tard, un job d’assistant parlementaire auprès d’un député attaché aux questions énergétiques «m’a montré qu’il était possible d’allier la théorie et le terrain».
L’une de mes priorités est de développer l’intuition des jeunes qui suivent mes cours, de leur donner des outils leur permettant de réfléchir aux problèmes complexes qui pourraient survenir à l’avenir
De l’anxiété au plaisir
Interrogé sur ses talents pédagogiques, le meilleur enseignant de section 2025 avoue volontiers que jusqu’à la fin de ses études universitaires, il était «plutôt anxieux à l’idée de parler devant un auditoire». Lorsqu’en 2015, il rejoint la University of Pittsburgh en tant que professeur assistant, il n’a plus le choix: «Deux fois par semaine, je devais donner des cours et être prêt à répondre à toutes sortes de questions.» Au fil des semestres, il gagne en aisance… et en plaisir. «Je me suis surpris à me lancer de petits défis, par exemple, trouver régulièrement des idées de présentation novatrices.»
En 2025, dix ans après sa première charge de cours, Michaël Aklin a été jusqu’à consacrer plusieurs semaines à l’élaboration de manuels pratiques d’économétrie et de politique publique destinés à ses étudiantes et étudiants. «Je leur dois bien ça: l’énergie qu’ils me transmettent durant les cours est vraiment chouette!»
Les principaux intéressés semblent séduits par la philosophie des enseignements du professeur associé. «Mes cours reposent sur deux grands principes aussi opposés que complémentaires.» D’une part, «j’accorde beaucoup d’importance au développement des compétences théoriques et analytiques.» Il s’explique: «Les étudiantes et étudiants de l’EPFL sont certes habitués à assimiler des contenus très techniques, mais pas des notions telles que la théorie des jeux ou des modèles microéconomiques qui sont à cheval entre mathématiques et phénomènes sociaux.»
D’autre part, le codirecteur d’E4S invite à passer à la pratique. Plus concrètement, «nous traduisons les modèles théoriques en cas pratiques et identifions des solutions à ces problèmes». Par exemple, «nous cherchons à concevoir des politiques publiques dans le domaine du climat qui permettent de réduire efficacement les gaz à effet de serre». Le professeur s’appuie aussi sur des cas de proximité: organisation d’un campus universitaire, gestion de la suroccupation d’une plage, etc.
Cours de résolutions de problèmes
«L’une de mes priorités est de développer l’intuition des jeunes qui suivent mes cours, de leur donner des outils leur permettant de réfléchir aux problèmes complexes qui pourraient survenir à l’avenir», note le professeur associé. Et de rappeler que «ce qui semble convenir à l’intérêt personnel n’est pas forcément bon pour l’intérêt collectif».
«Au fond, mes enseignements sont des cours de résolutions de problèmes, résume Michaël Aklin. Je mimique l’approche ingénieur, à savoir comprendre comment fonctionne un système plus ou moins complexe et comment l’améliorer, mais sur un autre terrain.»