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Imprimer des prothèses pour les victimes de la guérilla colombienne

© 2019 EPFL Alain Herzog / prothèse en plastique recyclé

© 2019 EPFL Alain Herzog / prothèse en plastique recyclé

Série d’été. Projet d’étudiant – Sensible à la problématique des déchets plastiques, Emylou Jaquier a choisi, pour son projet de master, de se pencher sur les containers de la déchetterie afin de dénicher différents plastiques à tester dans son imprimante 3D.


Emylou Jaquier a les pieds sur terre et pourtant, elle rêve d’un monde qui réutiliserait ses plastiques plutôt que de les brûler, de les jeter au milieu des océans ou de les laisser se transformer en microparticules et coloniser les estomacs des poissons. Pour elle, ce projet de master pourrait non seulement étoffer le catalogue des plastiques recyclables mais aussi permettre d’imprimer des pièces 3D, bon marché, utiles aux victimes de la guérilla colombienne. Ce projet concret est mené conjointement par le Laboratoire de mise en œuvre de composites à haute performance de la faculté des Sciences et Techniques de l'Ingénieur de l’EPFL, et l’Université de los Andes en Colombie.


© 2019 EPFL Alain Herzog / Emylou Jaquier a choisi de travailler avec 3 plastiques différents que l'on trouve dans les poubelles domestiques

Dans le monde du plastique il y a plus de 7 catégories, dont le PET, le seul déchet plastique domestique recyclé en Suisse.
« Ce qui m’intéressait beaucoup dans ce projet c’était la possibilité de tester des plastiques différents et de comprendre leur comportement. J’en avais choisi 5 mais pour finir j’en ai travaillé 3. Je me suis rendu compte que je n’avais qu’un temps limité pour ce projet, sinon j’aurais tout testé. » La jeune étudiante a donc sondé tous les containers de l’EPFL à la recherche de plastiques ménagers pour fabriquer ses fils. Les bouteilles en PET, les bouchons, les gobelets de café latte, les pots de yaourt, les bouteilles de lait ainsi que les films plastiques étaient dans sa ligne de mire. Polyéthylène à haute et basse densité, polypropylène, polystyrène, Emylou Jaquier a dû intégrer de nouvelles notions. « Je viens de la mécanique, le design des prothèses ne me pose pas trop de problème, en revanche, le côté matériaux ce n’est pas évident. J’ai fait des cours mais je découvre plein de choses et j’apprends sur le tas. »


© 2019 EPFL Alain Herzog / La température de fusion change suivant les plastiques

Parmi les grandes inconnues, il a fallu faire face à la différence de température de fusion des plastiques. Le PET fond à 260 degrés alors que le polyéthylène des bouchons lui est liquide à 130 degrés. « On ne doit pas mélanger les plastiques surtout si l’on considère que ceux-ci pourraient être recyclés plusieurs fois ce qui serait logique dans un esprit de durabilité. Il faudrait contrôler si le matériau ne se dégrade pas après plusieurs fontes. » Vérifier le diamètre du fil de plastique : «1,75 millimètres est le diamètre idéal pour l’imprimante 3D mais ça peut varier suivant comment vous tirez sur le fil. » Et récolter la quantité de matière suffisante pour confectionner les fils : « Avec 140 bouchons je ne remplissais qu’un quart de la bobine de fil.»

2 semaines en Colombie
Grâce à la collaboration avec l’Université de los Andes et les contacts pris avec Todos Podemos Ayudar Fundacíon, de Felipe Betancur, Emylou Jaquier a pu s’envoler pour la Colombie afin de participer à un workshop, montrer son prototype et rencontrer d’autres scientifiques qui développent eux aussi des prothèses low cost et du filament d’impression 3D, notamment à base de fibres naturelles. Elle revient avec une volonté affirmée de construire son avenir dans le développement du recyclage des plastiques.