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12.04.17 - Le nombre d’étudiants qui obtiendront un master en Génie civil en 2017 sera le plus important de toute l’histoire de l’EPFL. Il reste pourtant insuffisant pour couvrir les besoins du marché.

«Nous entendons régulièrement parler de la nécessité pour l’EPFL de contribuer à la formation de spécialistes en hydraulique, en transport et dans les autres domaines du Génie civil. Avec ce nombre record de nouveaux diplômés, nous apportons la preuve de nos efforts», commente d’emblée Lyesse Laloui, directeur de la Section de Génie civil de l’EPFL.

Ils seront quelque 90 en septembre 2017 à fêter l’obtention de leur master en Génie civil: un record pour toute l’histoire de cette discipline à l’EPFL. Parmi eux figurent une quinzaine d’étudiantes, un nombre également record, obtenu une première fois en 2014, puis battu en 2016, année où l’EPFL a délivré 19 diplômes en Génie civil à des femmes. Et la tendance est à la hausse: en 2018 et 2019, une centaine de futurs diplômés sont attendus, dont respectivement 19 et 26 femmes. A titre de comparaison, la volée de 1997 comptait 47 diplômés et… une seule femme.

Le succès de la formation en Génie civil s’appuie sur plusieurs facteurs, selon Lyesse Laloui. En premier viendrait un important travail de l’EPFL sur l’image-même du métier. «L’ingénierie civile demande un haut niveau de technicité qu’il fallait mieux mettre en avant dans nos présentations dans les écoles. Je me suis personnellement battu contre l’image de l’ingénieur civil posté sur un chantier, avec un casque et des bottes… Cette image ne représente plus la complexité du métier. Nous avons également veillé à montrer plus de femmes dans nos vidéos promotionnelles. A ce sujet, je tiens à souligner que les étudiantes effectuent souvent un parcours académique plus prestigieux que leurs camarades masculins!»

Meilleur taux d’employabilité de l’EPFL

Autre élément qui expliquerait l’attrait du métier: le haut taux d’employabilité qu’offre la formation d’ingénieur civil. Selon la dernière enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés du Centre de carrière EPFL, ces ingénieurs passent rarement ou très peu de temps par la case chômage au terme de leurs études. Le Génie civil est même la formation qui présente le plus haut taux d’employabilité de toute l’EPFL, devant l’Ingénierie financière et la Microtechnique, selon cette enquête effectuée en 2013. Seule ombre au tableau – partagée par d’autres filières de l’EPFL: le niveau de salaire n’apparaît souvent pas adapté à celui d’une formation supérieure, selon les jeunes diplômés interrogés. 


Remise des masters en Ingénierie civile le 1er octobre 2016, année qui a vu un nombre record de diplômées accéder au titre. © Sedrik Nemeth

Nombreux débouchés

Une fois inscrits dans la vie professionnelle, les ingénieurs civils ont différents profils d’activités et débouchés: les amoureux de la technique s’orientent vers un bureau d’étude, d’autres s’adonnent à la gestion de grands projets puis, d’équipe, ce qui demande des capacités managériales et de gestion financières et technico-légales importantes. Ceux qui quittent la profession travailleront dans la finance ou l’informatique, là aussi en tant que gestionnaires. «Sur le long terme, les ingénieurs civils sont nombreux à obtenir des places à responsabilités. N’oublions pas que de nombreux leaders et CEO d’entreprises suisses sont d’anciens diplômés de génie civil», souligne Lyesse Laloui.

Une réponse insuffisante à la pénurie

Ce dernier note toutefois que malgré une «hausse réjouissante» des diplômés, lles EPF restent en dessous des besoins de l’économie: «Notre souhait serait d’avoir le double de diplômés à l’EPFL, soit quelque 200 personnes. Ce nombre serait une bonne réponse aux besoins du marché et à la pénurie d’ingénieurs civils en Suisse.» Un avis aussi exprimé par Flavio Casanova, directeur du Groupe Gruner SA, une entreprise de construction basée à Bâle, dans le dernier numéro de la revue publiée par l’entreprise. A l’aide d’une modélisation, il indique que près de 500 diplômés seraient nécessaires pour couvrir les besoins du marché. L’article cite notamment une étude de l’Université de Bâle publiée en 2014 établissant les besoins de la Suisse en main d’œuvre spécialisée d’ici à 2060.

Vers l’industrie 4.0.

Selon le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), la majorité de la population suisse pourrait posséder un diplôme du degré tertiaire (hautes écoles et formation professionnelle supérieure) d’ici une dizaine d’années. Les scénarios les plus hauts estiment que le seuil des 50% sera déjà franchi en 2023. En comparaison, cette part était encore de 24% en 2000.

Cette hausse s’inscrit dans la volonté de la Confédération de garantir la formation de spécialistes possédant les compétences technologiques qu’implique l’Industrie 4.0. Celle-ci englobe les technologies de l’Internet pour la communication entre humains, machines et produits. Une évolution en marche qu’anticipe déjà la section de Génie civil de l’EPFL, comme l’explique son directeur: «Le domaine évolue vers toujours plus de modélisations numériques et la gestion de larges quantités de données pour effectuer, par exemple, le monitoring de barrages, de tunnels et de ponts ou l’optimisation énergétique de bâtiments. Nous adaptons donc notre enseignement à cette transformation du métier.»

Programme interdisciplinaire unique en Suisse

Dans ce cadre, les étudiants de Génie civil sont notamment amenés à collaborer avec leurs camarades des Sciences de l'environnement et d'Architecture dès le Bachelor à travers le programme «Projeter Ensemble». Une spécificité de l'EPFL qui vise, entre autres, à répondre aux nouvelles exigences du monde du travail. Explications de Marilyne Andersen, doyenne de l’ENAC, la faculté qui chapeau ces trois filières: «Les projets dans ces domaines sont de plus en plus complexes et demandent plus de collaboration et de complémentarité dans la vie pratique: le programme de cours Projeter Ensemble permet ainsi aux étudiants de mettre leurs compétences en commun et d’apprendre à confronter leurs spécificités et à respecter et intégrer les compétences de l’autre dès le début de leur formation. Il s’agit de l’un de nos points forts.»

Actions de la Confédération

2008: Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) et le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) mettent au point un système de dépistage précoce de pénurie de personnel qualifié en collaboration avec différents experts.

2010: Parution d’un Rapport de la Confédération sur la pénurie de spécialistes MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique) en Suisse, en réponse à différents postulats parlementaires. Les domaines de la construction, de l’informatique et de la technique, sont particulièrement visés par cette analyse. En conclusion, le rapport recommande aux cantons de mieux valoriser les branches de mathématiques et de physiques dès la petite enfance, là où les préférences pour ces domaines s’établissent déjà.

2011: La Confédération lance une initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié. Avec l’appui des cantons et de partenaires sociaux, l’initiative vise à mieux exploiter la main d’œuvre qualifiée indigène et à réduire la dépendance de la Suisse envers l’immigration de main d’œuvre spécialisée étrangère. Elle doit permettre aux professionnels d’obtenir une (re)qualification ou une qualification supérieure, créer de bonnes conditions pour les travailleurs seniors, faciliter la conciliation entre activité professionnelle et vie familiale et, plus globalement, promouvoir l’innovation. Parmi les onze mesures identifiées pour atteindre ces objectifs figurent la promotion des disciplines MINT à tous les niveaux d’éducation et de formation et l’élargissement de l’accès aux hautes écoles spécialisées.

2013: Le Conseil fédéral adopte un train de mesures luttant contre la pénurie de personnel qualifié.

2013-2016: Organisation d’une table ronde, d’une conférence et d’un sommet sur ces questions.

Source

Author:Sandrine PerroudSource:ENAC | Architecture, Civil and Environmental Engineering
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