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27.02.18 - S’appuyant sur les données récoltées lors d’une épidémie de choléra au Tchad, les chercheurs de l’EPFL ont démontré qu’une stratégie d’intervention ciblée à l’échelle du voisinage des cas de choléra endiguerait une épidémie d’une manière plus efficace qu’une campagne d’intervention sur toute une ville ou un district.

Mettre fin au choléra d’ici à 2030. La feuille de route de l’Organisation mondiale de la Santé vise à faire baisser la mortalité de 90% et à éliminer la propagation de la maladie dans 20 pays durement impactés. Un modèle mathématique développé sur les données récoltées lors de l’épidémie qui s’est produite à N'Djamena au Tchad en 2011 démontre qu’une stratégie d’interventions ciblées à petite échelle autour de la maison des cas déclarés, pourrait enrayer une flambée de choléra. Il y aurait ainsi moins de ressources engagées et plus de rapidité d’intervention. Une stratégie qui est particulièrement intéressante durant la première phase d'une épidémie, lorsque le nombre de cas est encore faible, ou après une intervention à large échelle, pour éteindre les derniers foyers. Les résultats sont publiés dans PLOS Medicine.

Le Laboratoire d’Écohydrologie (ECHO) de l’EPFL s’intéresse depuis longtemps à la compréhension de la dissémination des épidémies par voie hydrique, et tout particulièrement à celle du choléra depuis 2010. Une épidémie qui a commencé cette année-là en Haïti et a déjà provoqué 10'000 morts. La première idée des chercheurs a été de développer un modèle mathématique qui prend en compte la dissémination spatiale de la maladie. «Nous avions intégré dans nos calculs que les gens se déplaçaient, qu’ils se rencontraient, qu’ils changeaient d’endroit», précise Flavio Finger, qui étudie depuis de nombreuses années cette problématique. Ces premiers modèles ont été utilisés pour comprendre d’autres épidémies à travers le monde. Afin d’affiner les résultats, de les coller à la réalité du terrain en termes de mobilité humaine, les chercheurs se sont ensuite appuyés sur les relevés téléphoniques de 150'000 usagers au Sénégal lors d’une l’épidémie en 2005. Ils ont ainsi pu reconstituer l’expansion du choléra.

La mise en place de la logistique à grande échelle prend du temps et laisse l’épidémie gagner du terrain. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de comprendre comment une épidémie s’étend, mais de déterminer quelles stratégies d’intervention fonctionnent bien et quels sont leurs besoins en ressources. «Notre hypothèse était de nous dire que si l’on traitait les gens les plus proches d’un cas déclaré de choléra, on pouvait avec peu de moyens et peu de ressources enrayer la flambée rapidement».

Afin de tester son hypothèse, Flavio Finger, du laboratoire ECHO, en collaboration proche avec Andrew Azman de la Johns Hopkins University et d’autres chercheurs, a développé un modèle de microsimulation, calibré à la fois sur la courbe épidémique et sur la structure spatio-temporelle des foyers de l’épidémie de choléra qui s’est propagée au Tchad et qui a touché 4 352 personnes en 232 jours. Les résultats, de cette simulation rétrospective, confirment l’hypothèse et prouvent l’efficacité d’interventions ciblées dans un rayon d’action allant jusqu’à environ 100 mètres autour des cas déclarés. Traitement de l'eau potable, amélioration de l’assainissement et de l’hygiène, administration du vaccin anticholérique oral ou distribution d’antibiotiques prophylactiques, les scientifiques ont tenu compte des nombreuses combinaisons d’interventions possibles. Un exemple : grâce à cette stratégie locale, les épidémies simulées ont été écourtées de 68% et le nombre de cas diminué de 81% par rapport aux épidémies non contrôlées, rien qu’en distribuant le vaccin anticholérique dans un rayon de 100 mètres autour des cas déclarés.

Flavio Finger1¤*, Enrico Bertuzzo1,2, Francisco J. Luquero3,4, Nathan Naibei5, Brahima ToureÂ4, Maya Allan4, Klaudia Porten4, Justin Lessler6, Andrea Rinaldo1,7, Andrew S. Azman6*

Dossier de presse
https://go.epfl.ch/CholeraInterventions

Contacts

Sandy Evangelista service de presse EPFL
[email protected]
+41 79 502 81 06

Andrea Rinaldo directeur du Laboratoire d'Ecohydrologie
[email protected]
+41 21 693 80 34

Flavio Finger
[email protected]

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