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01.10.07 - Ouvrir le robinet, tirer la chasse d’eau, prendre une douche. L’eau potable est essentielle dans notre vie de tous les jours, et la plupart d’entre nous considèrent qu’y avoir accès va de soi. Ce n’est pas le cas de la professeure Tamar Kohn. Cette chimiste de l’environnement sait que l’eau ne court jamais seule. Antibiotiques, résidus de médicaments, hormones, pesticides, herbicides, détergents, désinfectants et composés issus du pétrole voyagent tous dans le sol par le biais de ce précieux liquide source de vie.

Certains virus sont même capables d’y rester latents pendant des années, pour se réveiller subitement lorsque des conditions favorables se présentent. La plupart de ces polluants sont présents dans notre eau potable en si faibles quantités qu’on les suppose inoffensifs pour la santé. Et leur dosage est pratiquement impossible. Mais Tamar Kohn est déterminée à relever ce défi.

Dans son Laboratoire de chimie environnementale, cette professeure de l’EPFL collabore avec des chercheurs des Universités de Lausanne et Genève, ainsi que de l’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux à Zurich pour mettre au point une méthode d’analyse qui permette de doser simultanément une soixantaine des micro-polluants les plus importants pour le Lac Léman. Et comment s’en débarrasser? Tamar Kohn trouve l’inspiration en étudiant les processus d’autoépuration dans les écosystèmes aquatiques naturels. En effet, si le lac est capable d’éliminer tout seul certains polluants, alors peut-être pouvons-nous faire quelque chose pour favoriser ce processus?

La lumière solaire indirecte, par exemple, dans une eau riche en matière organique, peut induire la formation d’un composé réactif qui dégrade herbicides ou autres contaminants chimiques. La compréhension de ce genre de processus permet ensuite d’imaginer des méthodes de traitement des eaux efficaces et peu coûteuses particulièrement intéressantes pour les pays en voie de développement. Mais les solutions restent complexes : pour obtenir un résultat, il faut trouver la bonne combinaison de méthodes (photo-) chimiques et de biologie moléculaire, et cette combinaison varie de cas en cas.

Dans un autre projet, Tamar Kohn et ses étudiants s’intéressent à la façon dont les virus meurent dans les eaux de surface. Comme pour les micro-polluants, une certaine quantité de lumière combinée à certaines substances chimiques est létale. Ici, c’est plutôt la complexité biologique des virus qui rend la tâche particulièrement ardue. En effet, il est très difficile de déterminer si un virus est mort ou vivant. Pour le savoir, la seule solution est de tester s’il est encore capable d’infecter les gens — une démarche qui pose des problèmes éthiques évidents. Une autre possibilité consiste à désactiver le virus en endommageant son enveloppe externe. Ainsi, même avec un ADN intact, il sera incapable d’infecter quoi que ce soit. Dans ce cas, il faudra donc déterminer jusqu’à quel niveau la capsule doit être abimée pour rendre le virus inoffensif. Ces connaissances fondamentales sont extrêmement importantes lorsqu’on sait que les maladies transmises par l’eau tuent chaque année des millions de personnes.

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