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09.11.17 - Architecte de renommée internationale et professeur à l’EPFL, Dominique Perrault construira un grand hub souterrain dans la partie moderne de la ville coréenne. Le projet se présente comme une œuvre d’art en sous-sol.

En remportant un concours international lancé par la ville de Séoul, le bureau de Dominique Perrault confirme sa maîtrise de l’architecture en sous-sol, un espace que l’enseignant et directeur du Laboratoire d'architecture souterraine à l’EPFL appelle à conquérir.

Intitulé «Light Walk», le projet vainqueur accompagne la construction d’une nouvelle station de transit au centre de Séoul, réunissant quatre lignes de train, deux lignes de métro, une gare routière et une ligne de bus. Plus qu’un hub, ce passage couvert dédié aux piétons se présente comme une intervention de «Land Art». Galerie souterraine laissant entrer la lumière naturelle, le Light Walk propose en surface un parc verdoyant, une promenade piétonne et des espaces modulaires. Grâce à la lumière naturelle, des bureaux, des restaurants et des galeries d’art seront aménagés en sous-sol. Le tout est monumental, avec un hub de 95'000 m2, une surface commerciale de 72'000 m2 et un parc de 32'000 m2.

«Ce concours est né d’une initiative du maire actuel de Séoul», explique Dominique Perrault. «Le maire a chargé l’architecte en chef de sa ville d’identifier les lieux qui pourraient bénéficier du développement d’espaces publics, une initiative encore rare en Asie. Avec le Light Walk, nous proposons de créer un lieu de convergence entre différents transports publics pour les gens qui vivent et travaillent dans ce quartier moderne de Séoul.»

«Donner des racines à nos bâtiments»

Avec son toit vitré, la galerie souterraine développée par Dominique Perrault revisite la galerie couverte du 19ème siècle et vise à faire oublier aux passants qu’ils sont en sous-sol. Le Light Walk incarne ainsi le credo de l’architecte français: «L’architecture doit selon moi se prolonger au-delà du sol, donner des racines à nos bâtiments et offrir une relation au sous-sol qui n’est ni fonctionnelle, ni logistique ou technique. Cette nouvelle architecture doit proposer des lieux de vie et une relation urbaine, architecturale et poétique au sous-sol.»

Dominique Perrault imagine ainsi très bien ce genre de galeries se développer dans d’autres capitales pourvues de grands axes très denses. A Shanghai, Mexico, Moscou ou Paris: «Il faut imaginer la gare de Lyon sous les Champs-Elysées. L’idée est d’offrir aux usagers des transports publics un lieu d’accueil majestueux au cœur de leur ville.» L’enseignant se réjouit de présenter le Light Walk à ses étudiants de l’EPFL: «Ce genre de projet permet de porter au niveau international la réflexion que nous menons dans nos cours et d’alimenter les échanges que je mène avec mes étudiants.»

Un projet simple pour une situation complexe
Dominique Perrault vient par ailleurs de participer à la Biennale d’architecture et d’urbanisme de Séoul avec ses étudiants de l’EPFL. Ceux-ci ont développé un projet de galerie souterraine plus expérimental que le Light Walk, mais remarqué (voir notre article du 19.10.2017).

Hyungmin Pai, directeur de la Biennale de la ville coréenne, architecte et professeur à l’Université de Séoul, explique le contexte et les apports du Light Walk sur son contexte urbain: «Ce grand projet s’inscrit dans le nouveau centre de Gangnam, le quartier le plus riche de la ville développé dans les années 1970. Avec ses grands buildings, ses complexes locatifs et ses larges boulevards dédiés au trafic automobile, Gangnam est pour l’instant dépourvu d’histoire et d’espaces publics. Même si tout est énorme, il n’y a pas de sens de la monumentalité. Le Light Walk répond à ces problèmes en créant précisément un espace public moderne et monumental. Comme tout ce que fait Dominique Perrault, l’idée de départ est simple mais permet de répondre à une situation complexe. C’est la force et la beauté de ce projet et c’est l’une des plus grandes forces de Dominique Perrault en tant qu’architecte.»


Accueil et hospitalité
Pour l’architecte coréen, le hub imaginé par son confrère français a également l’avantage de renouer avec l’image d’accueil et d’hospitalité que devrait transmettre une gare, qu’elle soit en surface ou en sous-sol. Une tradition qui se perd en Corée du Sud depuis une vingtaine d’années, notamment en raison de la privatisation des transports publics qui, selon Hyungmin Pai «a amené beaucoup de chaos dans des lieux-clés de Séoul.»

La construction du Light Walk doit démarrer en 2019. Son inauguration est prévue en 2023.

Auteur:Sandrine PerroudSource:ENAC | Environnement Naturel, Architectural et Construit
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