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27.03.17 - Un projet de cartographie participative réunissant l’EPFL et la HEIG-VD propose à la population de comparer la Suisse des années 1960 à celle d’aujourd’hui. Une exposition organisée à l’EPFL par les Archives de la construction moderne met en lumière la haute valeur scientifique de ces images.

Lancé il y a six semaines, le site smapshot invite les internautes à géolocaliser des photographies aériennes de la Suisse des années 1960. Ces images s’insèrent alors dans une carte virtuelle d’aujourd’hui générée grâce aux données de Swisstopo, de l’Office fédéral de Topographie. Les participants peuvent ensuite ajouter des anecdotes sur le lieu, des informations topographiques complémentaires, engager une discussion avec d’autres internautes et partager leur trouvaille sur Facebook. Enfin, en guise de récompense, ils ont la possibilité d’imprimer l’image d’archive qu’ils ont géolocalisée.

De nombreux usages scientifiques, urbanistiques et de réalité augmentée sont attendus de cette démarche participative issue d’une collaboration entre l’EPFL et la HEIG-VD. Du 27 au 31 mars 2017, une exposition à l’EPFL organisée par les Archives de la construction moderne (Acm) présente le fonctionnement de smapshot ainsi que tout le potentiel de ce projet pilote. Des images d’archives de la construction de l’autoroute A1, de la ville de Lausanne, de La Côte vue du lac Léman et des sommets du Gothard y seront notamment présentées.

A l’origine, un projet commercial

Flash-back: Dans les années 1960, la Maison Perrochet SA est une entreprise de photographie prospère établie à Lausanne. La photo aérienne est sa marque de fabrique. Elle produit principalement des cartes postales destinées aux touristes. De 1960 à 1968, elle fonde la société Pleinciel et démarre une campagne systématique de photographie aérienne sur tout le territoire suisse. Les prises de vues sont obliques, proches du sol, plusieurs détails de construction et du paysage s’y détachent.

50 ans plus tard, la Collection Perrochet Pleinciel forme une cartographie complète de la Suisse des années 1960 conservée aux Acm, une sorte de Google Earth avant l’heure, et, au bout du compte, une mine d’or pour les chercheurs. «A l’origine, l’objectif du projet Pleinciel était commercial. Ses concepteurs n’avaient pas conscience de l’importance de ce qu’ils étaient en train de faire», explique Salvatore Aprea, collaborateur scientifique et conservateur délégué des Archives de la construction moderne.

Haute valeur scientifique

Car la valeur scientifique de ces images est aujourd’hui incontestable, surtout si le projet smapshot trouve un écho favorable auprès de la population: «La géolocalisation de ces archives permettra d’observer en Suisse le changement du territoire sur 50 ans, la fonte des glaciers, le déplacement des forêts, l’impact du bâti sur le paysage. Les urbanistes, les géographes, les ingénieurs civils et les paysagistes pourront s’en servir pour mieux comprendre l’histoire d’un lieu et mieux en planifier le développement», explique Timothée Produit, collaborateur scientifique à la HEIG-VD. Sa thèse, achevée en 2015 au Laboratoire des systèmes d’information géographique de l’EPFL, est à la base du projet. «On peut également imaginer le développement d’une Suisse des années 1960 en réalité augmentée et offrir un véritable voyage dans le temps en se basant sur le savoir et les anecdotes des contributeurs», complète Salvatore Aprea.

Ce dernier voit également dans ce projet pilote une nouvelle manière d’envisager les archives, non plus à considérer comme une base de données, mais comme une base de connaissance commune vivante. «Je suis convaincu que le futur des archives se situe dans une numérisation intelligente et en open source de nos fonds, avec un but défini. Aux Acm, nous croyons à la collaboration entre différentes institutions suisses pour y parvenir», déclare le collaborateur.

Que fait Google?

Quelques 1200 images d’archives sur les 35’000 de la Collection Perrochet ont pour l’instant été importées sur le site participatif. Celles-ci présentent essentiellement des vues aériennes du Bas-Valais. Depuis la mise en ligne du site, 40% d’entre elles ont déjà été géolocalisées par des volontaires. L’objectif des Acm serait évidemment d’importer l’ensemble de la Collection Perrochet dans le «Globe virtuel» qu’offre smapshot.

Timothée Produit, lui, voit même plus loin: «Je suis très étonné qu’une entreprise comme Google n’ait pas encore développé un tel service à partir de Google Map et Google Earth. On pourrait en effet imaginer une fonction qui permette d’ajouter aux cartes de Google un scan de photographies d’archives sur le même principe que smapshot.»

Exposition

«La photographie à l’âge numérique», Hall SG, EPFL, du 27 au 31 mars 2017. Vernissage le 28 mars à 11h. Animations expliquant le fonctionnement de smapshot les 28 et 29 mars, de 11h à 15h.

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