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27.11.17 - Bien que le nombre d’appareils connectés ne cesse d’augmenter, une grande partie de la population mondiale continue à vivre dans des zones sans infrastructure ou sans connexion stable. Un groupe de chercheurs de l’EPFL a élaboré des solutions pour pallier le manque de connectivité, en collaboration avec l’Université d’Etat de Pennsylvanie et Médecins Sans Frontières.

Le camp de réfugiés de Zaatari, situé au Nord de la Jordanie, abrite près de 80’000 réfugiés. L’accès à internet y est limité, voire inexistant, isolant les habitants. Le Groupe des systèmes de coordination et d’interaction de l’EPFL (REACT), en collaboration avec deux chercheures de la Pennsylvania State University, a testé une messagerie instantanée fonctionnant sans devoir se connecter à un fournisseur d’accès à Internet et ou à une compagnie de téléphone. Le système, alimenté par une batterie, permet de communiquer dans n'importe quel environnement ainsi que de garder un contrôle sur les données.

Une solution à faible coût

Le système proposé consiste en un ordinateur de la dimension d’une petite boîte, le Raspberry Pi, disponible sur le marché et ne coûtant qu’une trentaine de dollars. Les chercheurs l’ont programmé pour qu’il fonctionne comme un serveur local. Ce dispositif permet aux personnes se trouvant à une centaine de mètres d’accéder via Wi-Fi à un site web servant de messagerie. Grâce à cette plate-forme de communication, les utilisateurs peuvent échanger des messages, simplement en ouvrant leur navigateur. Les chercheurs ont également assuré la protection des informations partagées. «Cette messagerie est anonyme, explique Denis Gillet, directeur du groupe REACT. Elle stocke les informations uniquement localement, et non pas sur le cloud, évitant ainsi une diffusion et une utilisation des données inadaptées».

Ce genre de médias sociaux, appelé co-located, peut être utilisé pour assurer la communication dans un périmètre préalablement délimité, tel un camp, un festival de musique ou un bâtiment. S’il présente des limitations par rapport aux médias sociaux «traditionnels», il a l’avantage de compenser un tant soit peu l’absence de réseau. Les premiers résultats de recherche ont montré que l’utilisation de la messagerie avait permis d’augmenter l’engagement et le sentiment d’appartenance à la communauté au sein du camp. «Dans un contexte fermé, une telle messagerie permettrait aussi de jouer le rôle de lanceur d’alerte, en transmettant des informations sur les conditions de vie et la situation locale», indique Adrian Holzer, également chercheur au sein du groupe REACT.

Connecter les travailleurs humanitaires

En collaboration avec Médecins Sans Frontières (MSF), le Groupe REACT a également élaboré un système visant à améliorer le partage des connaissances entre les employés au siège et ceux en mission. Dans des contextes difficiles, il est essentiel d’avoir rapidement accès à des informations - fiches techniques ou médicales - pertinentes et continuellement mises à jour. Pour y parvenir, les chercheurs ont aussi programmé un Raspberry Pi. Cette fois-ci, le mini-ordinateur fait le relai entre les documents partagés par MSF, se trouvant sur le cloud, et les travailleurs sur le terrain. Les documents sont synchronisés entre le Raspberry Pi et le cloud quand il existe une connexion internet. Si la connexion s’interrompt, ils sont ensuite disponible sur le Raspberry Pi même. «L’une des difficultés a été de parvenir à une seule solution, transférable dans n’importe quel contexte, indique Denis Gillet. Les exigences des ONG montrent que le système doit être autonome par rapport à Internet ou l’électricité, rapide, portable et fonctionner quel que soit l’appareil mobile utilisé par la personne».

Intégrer les technologies de l’information et de la communication dans le domaine humanitaire

Le manque de connectivité n’est pas le seul défi auquel le secteur humanitaire doit faire face. «Depuis le tremblement de terre à Haïti en 2010, les technologies ont transformé le domaine, explique Adrian Holzer. Tout le monde – population locale ou volontaire humanitaire à l’autre bout de la planète – a échangé des données permettant de cartographier la situation et d’identifier ainsi les zones les plus touchées». Or, si cet effort commun permet de récolter un nombre important de données, il comporte en même temps certains dangers : comment s’assurer que les données récoltées seront utilisées à bon escient ? Comment vérifier si l’urgence signalée est réelle ? Comment être sûr que l’aide arrive à ceux qui en ont le plus besoin ? Les chercheurs de REACT collaborent avec Isabelle Vonèche Cardia, adjointe et chercheure au Collège des Humanités de l’EPFL, pour s’assurer que les solutions technologiques respectent les quatre principes humanitaires : humanité, neutralité, impartialité et indépendance. Dans un monde où tweets et photos s’échangent bien trop vite pour être vérifiés, ils ont développé un canevas permettant d’évaluer les risques mais aussi les avantages d’utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans le secteur humanitaire. «Le but est d’encourager une utilisation ciblée et pertinente, pour ne pas provoquer de mise en danger», conclut Adrian Holzer.

Ces recherches ont été menées en collaboration avec la Pennsylvania State University et Médecins sans Frontières. Elles ont été présentées à la conférence internationale «Information & Communication Technologies and Development».

Auteur:Clara MarcSource:Mediacom
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