Des cybers peaux pour créer des prothèses sensorielles

copyright: Medical Device Developments

copyright: Medical Device Developments

Une peau électronique artificielle reliée au système nerveux, voilà l’enjeu des recherches que vient d’entreprendre le professeur Stéphanie Lacour à l’EPFL. Depuis 10 ans, la chercheuse explore le monde de l’électronique élastique.

La peau joue un rôle de protection et d’interface avec l’extérieur. Les milliers de terminaisons nerveuses qui la parcourent en font notre premier organe sensoriel.

La pression, la température et la douleur sont transmises au cerveau par des récepteurs. Des neurones, en revanche, sont là pour communiquer leurs ordres à la peau. «C’est un organe complexe qu’il est difficile d’imiter, précise Stéphanie Lacour. La peau est également flexible et élastique. Au coude, par exemple, elle peut s’étirer de 10% à 20 %. Si l’on décidait de développer un gant électronique, il devrait être capable de supporter des déformations complexes en 2D et même 3D.»

Des prothèses pour les grands brûlés

Une personne gravement brûlée ou accidentée, qui a perdu l’usage d’un membre pourra-t-elle dans un futur proche bénéficier d’une prothèse de peau qui, couplée à son système nerveux, restaurera les sensations perdues ?

«L’EPFL est un endroit rêvé pour travailler sur ce projet. Sur un même site , on a accès aux technniques de pointe et experts en micro-nanofabrication, électronique, robotique mais aussi en bioengineering et sciences de la vie.» Les challenges sont multiples : connecter les neurones à un système électronique, développer des composants souples et les intégrer dans un matériau élastique. On appelle cela le bio mimétisme électronique.

«Nous nous intéressons aux interfaces avec le système nerveux périphérique dans les membres. Nous devons être en mesure de développer un réseau d’électrodes implantable qui puisse à la fois écouter et stimuler les neurones. Dans l’idéal, il faudrait connecter chaque neurone à une électrode. Or dans un bras, il y en a des milliers.»

Multimédia : la téléphonie dans la peau

La peau électronique n’intéresse pas seulement le monde médical. Stéphanie Lacour collabore avec Nokia sur de nouvelles applications telles que des téléphones portables totalement souples, que l’on pourrait porter au poignet et dont on pourrait déployer l’écran selon les besoins. Un concept d'appareil électronique du futur baptisé Morph, qui combine transparence et souplesse.

Pionnière dans la «strechable electronic skin», la chercheuse a reçu de prestigieuses distinctions, notamment la TR35 qui récompense de jeunes innovateurs de moins de 35 ans. Elle vient de bénéficier d'une bourse de l’European Research Council, qui lui permet de poursuivre ses recherches pendant cinq ans.

Crédit photo: Medical Device Developments


Auteur: Sandy Evangelista
Source: Mediacom