De la cafétéria à la déchèterie, le plastique recule à l'EPFL

2025 EPFL/Alain Herzog CC-BY-SA 4.0

2025 EPFL/Alain Herzog CC-BY-SA 4.0

Cette semaine se déroule à l'EPFL la Semaine de la durabilité, avec une journée grand public le samedi 7 mars. Comment l'EPFL a-t-elle réduit de moitié ses déchets incinérables en 10 ans? Rencontre avec celles et ceux qui transforment les habitudes — et le campus — un contenant à la fois. 

À l’EPFL, les efforts d’élimination des plastiques passent par une politique générale de réduction de la consommation de biens à usage unique et d’un tri aussi fin que possible. Sur les divers sites de l’École, le Service durabilité s’attache à réduire l’empreinte environnementale et à intégrer la durabilité dans toutes les activités: enseignement, recherche, innovation, vie sur le campus.

Responsable du groupe Campus au sein du service, Aurore Nembrini œuvre à diminuer l’impact écologique de l’École: «Nous apportons des solutions concrètes dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, des déchets ou du numérique. Le défi le plus important, ce sont les achats, qui représentent à eux seuls plus de la moitié du bilan carbone de l’EPFL.»

En 2015, l’équipe a mené une caractérisation approfondie des déchets produits sur le site. «En ouvrant les poubelles pour analyser ce qu’elles contenaient, on a réalisé à quel point les emballages alimentaires (plastiques à usage unique, Sagex…) en représentaient une part importante, particulièrement ceux liés aux food trucks, poursuit Aurore Nembrini. Cette prise de conscience a conduit au lancement d’un projet pilote de contenants réutilisables, étendu à tout le campus dès 2018.» En collaboration avec ReCircle, dont le réseau couvre maintenant l’Unil et plusieurs restaurants partenaires en Suisse, l’EPFL a été l’un des premiers sites romands à rendre obligatoire l’usage de ces récipients consignés pour les repas à emporter. Résultat: une réduction de 35 à 40 % du volume des déchets incinérables.

Nous apportons des solutions concrètes dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, des déchets ou du numérique. Le défi le plus important, ce sont les achats, qui représentent à eux seuls plus de la moitié du bilan carbone de l’EPFL.

Aurore Nembrini, responsable du groupe Campus au sein du Service durabilité

À la même période, les poubelles individuelles ont été remplacées par des écopoints pour recycler le PET, le papier, les canettes en alu et le verre. L’effet a été important: la collecte d’aluminium a été multipliée par 13 entre 2014 et 2024. Celle du PET est restée stable, étant déjà largement répandue, et les habitudes de consommation ayant changé au profit des gourdes.

Pour les autres flux, la stratégie de l’EPFL s’appuie sur une déchèterie centrale unique en son genre. «Elle est accessible 24/7 à tous les membres de la communauté EPFL, explique Stephen Poplineau, en charge de l’endroit. C’est un espace presque communautaire, avec beaucoup d’échanges.»

Sous son impulsion, les filières de tri se sont considérablement diversifiées, intégrant désormais plus de 42 flux, notamment pour les métaux, l’électronique ou le plastique, en plus des circuits classiques de recyclage. Les déchets spéciaux propres à une institution de recherche — produits chimiques ou biologiques notamment — font quant à eux l’objet de traitements strictement encadrés. Ils représentent plus de 16% du volume traité. En fin de compte, les déchets incinérables ont diminué de 49% sur le campus depuis 2013, alors même que la population y augmentait de 37%. Des résultats impressionnants confirmés par un taux de tri de 73%, bien au-dessus de la moyenne nationale (52%).

Et le plastique? «C’est un gros combat, que nous menons depuis longtemps, explique Stephen Poplineau. En Suisse, seule la filière du PET fonctionne vraiment en termes de recyclage. Ici, nous regroupons les autres plastiques, mais il faut bien comprendre qu’avec 126 sortes de polymères, c’est un tri très complexe, que nous ne pouvons pas effectuer. Pour ça, nous travaillons avec des partenaires locaux, dont la Ville de Lausanne.»

La déchèterie fonctionne aussi comme un atelier de réemploi. Chercheurs et chercheuses, étudiantes et étudiants viennent y déposer ou récupérer des matériaux et équipements encore utiles. Si nos deux interlocuteurs saluent les progrès accomplis, ils savent que la route reste longue. Car la clé réside désormais moins dans le tri que dans la réduction à la source: pour le plastique encore plus que pour le reste, le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas.

«Plast it Back», quand les déchets deviennent trophées

À l’EPFL, le Zero Emission Group (ZEG) réunit une cinquantaine d’étudiantes et étudiants décidés à réduire l’empreinte carbone du campus et à sensibiliser à la durabilité. Parmi leurs initiatives, le projet «Plast it Back» s’attaque au plastique issu des laboratoires. Embouts de pipettes, bacs de culture, emballages stériles: des montagnes de plastique à usage unique, dont on sait que, même triées, elles seront rarement recyclées.
L’idée: récupérer une partie de ce matériau, le broyer, le fondre, puis en faire des plaques servant à fabriquer les trophées des compétitions sportives de l’École. «Rien qu’avec les déchets d’un seul laboratoire, on reçoit déjà bien plus que ce qu’on peut traiter, confie Gaëlle Verdon, membre du projet. Ça brise un peu le cœur, mais ça donne aussi envie d’agir.»
Cette envie d’agir anime la petite équipe. «Pour moi, c’est avant tout une façon de faire ma part. Et si ça donne envie à d’autres de s’y mettre, alors c’est gagné», résume Christophe Hideki Michaud-Lavoie, qui a piloté la partie technique du projet.
Petit par l’échelle, ambitieux par l’esprit, «Plast it Back» incarne la philosophie du ZEG: apprendre, expérimenter et surtout montrer qu’on peut agir concrètement.

Journées de la durabilité
Du 5 au 7 mars, l’EPFL invite à se plonger dans les multiples dimensions de la durabilité. Journée scientifique et événements grand public dresseront un état des lieux des actions engagées et esquisseront les développements futurs, tant au niveau du campus que de la recherche.
Information et inscription sur
journees-durabilite.epfl.ch/fr/

Références

Cet article a été publié dans l'édition de décembre 2025 du magazine Dimensions, qui met en avant l’excellence de l’EPFL par le biais de dossiers approfondis, d’interviews, de portraits et d’actualités. Le magazine est distribué gratuitement sur les campus de l’EPFL.


Auteur: Gregory Wicky

Source: Durabilité

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