«Comprendre l'économie, c'est comprendre la société»

2021 EPFL / Alain Herzog (CC BY-SA 4.0)

2021 EPFL / Alain Herzog (CC BY-SA 4.0)

Paula Cacault est responsable des opérations du centre Enterprise for Society (E4S). Elle facilite les projets de recherche et participe au développement des activités du centre, comme un nouveau programme de master pour former la prochaine génération de dirigeants qui guideront la société en cette période de transition.

Lorsque l’économiste Paula Cacault a entendu parler pour la première fois du nouveau centre Enterprise for Society (E4S), une initiative conjointe de l’Université de Lausanne (UNIL), de l’Institute for Management Development (IMD) et du Collège du management de la technologie de l’EPFL, elle a immédiatement su qu’elle voulait y travailler. Elle a contacté Jean-Pierre Danthine, directeur général adjoint du centre, qui l’a rapidement accueillie.

L’E4S a pour mission d’aider la société à surmonter les défis globaux afin d’assurer la transition vers une économie plus résiliente, plus respectueuse de l’environnement et plus inclusive. C’est d’ailleurs l’un de ces défis – la crise économique qui a touché, il y a presque 20 ans, l’Argentine, pays d’origine de Paula Cacault – qui l’a décidée à devenir économiste et à accepter un poste à l’E4S.

De la crise à la carrière

Paula Cacault étudiait en Suède lorsqu’une crise financière catastrophique a frappé l’Argentine en décembre 2001. Adolescente à l’époque, elle ignorait que l’Argentine était déjà plongée dans une récession de deux ans qui avait atteint son point culminant. Du jour au lendemain, il ne lui était plus possible de retirer de l’argent aux distributeurs automatiques en Suède. Elle a vu aux informations que les Argentins étaient paniqués au point de voler des articles dans les supermarchés et que le président du pays avait dû être évacué par hélicoptère. Elle a alors compris que l’économie a de vastes conséquences qui touchent tous les pans de la société.

«Pratiquement tout dans nos vies est un choix économique», déclare Paula Cacault. «Notre choix de carrière, la façon dont nous sommes rémunérés, nos choix de consommation. Nos décisions en tant qu’individus, mais aussi dans la manière dont les institutions sont établies. Comprendre l’économie, c’est comprendre pratiquement tout sur la société, sur les êtres humains, sur les choix.»

Lorsqu’elle est rentrée en Argentine quelques semaines plus tard, il était temps pour elle de choisir ce qu’elle allait étudier pour son bachelor. Elle a décidé de faire une licence en économie à l’Université de Buenos Aires. Si elle avait fait son choix un an plus tôt, dit-elle, elle aurait probablement choisi la biologie ou les mathématiques, car elle aimait davantage les sciences exactes.

«J’aimerais faire quelque chose de concret»

Une fois sa licence en poche, Paula Cacault a travaillé dans un groupe de réflexion à Buenos Aires, où elle a rencontré son futur mari, de nationalité suisse. Ils ont décidé de s’installer à Lausanne, sa ville natale, et Paula Cacault a trouvé une bourse pour faire un master en économie à l’UNIL.

Alors qu’elle arrivait à la fin de son master, un professeur lui a proposé de commencer un doctorat et de faire de la recherche. Cela lui a permis de faire de nombreuses rencontres dans le milieu universitaire de la région. Pour sa thèse de doctorat, qu’elle a soutenue alors qu’elle était enceinte de son troisième enfant, elle a réalisé de nombreuses expériences sociales, en mettant des gens dans certaines situations pour essayer de comprendre comment leurs décisions changent lorsque leur situation évolue. Mais bien qu’elle ait apprécié la recherche, elle en a vu les limites.

«Le problème est qu’en général, dans ces expériences sociales, on dispose de très peu de données; il s’agit seulement de quelques personnes, de quelques répétitions», déclare Paula Cacault. «Les conclusions que vous tirez des données ne sont donc pas très fiables. Ce sont les problèmes des petits échantillons.»

Paula Cacault a voulu voir si elle pouvait remédier à ce problème et trouver un moyen d’effectuer des corrections pour de si petites quantités de données. C’est pourquoi, à la fin de son doctorat en 2016, elle a fait une demande indépendante de bourse FNS pour effectuer un post-doc à l’Université de Genève axé sur la méthodologie de la microéconomie. Au cours de cette expérience, elle s’est rendu compte que si la recherche était intéressante, elle avait des difficultés à travailler seule et les échanges avec les autres lui manquaient. Aussi, il s’agissait principalement de recherches théoriques, et elle souhaitait travailler sur des sujets qui ont des implications directes dans le monde réel.

«Je me suis dit que ce n’était pas la façon dont je voulais travailler à l’avenir. Ce qui me motive le plus, ce sont les résultats concrets et l’interaction avec les gens et les équipes.»

Bâtir une société résiliente

En mars 2020, peu de temps avant la survenue du Covid-19, Paula Cacault a rejoint l’E4S en tant que responsable des opérations. Elle a commencé son travail en rencontrant des gens virtuellement, et comme l’équipe était initialement très petite, elle a tout fait, de l’élaboration des budgets à la rédaction des bulletins d’information. L’équipe compte désormais plus d’une dizaine de personnes, ce qui permet à Paula Cacault de se concentrer sur la facilitation des projets de recherche de l’EPFL, de l’IMD et de l’UNIL afin d’aider la société à devenir plus résiliente face à tous les défis actuels. Elle enseigne également l’économie à la Business School Lausanne.

Actuellement, les projets de l’E4S portent sur des enjeux tels que l’avenir du travail, l’avenir de la mobilité et l’acceptabilité sociale de l’innovation technologique. Chaque projet regroupe des partenaires de recherche des trois écoles (EPFL, IMD, UNIL).

«Nous disposons de nombreuses compétences dans cette région pour comprendre les enjeux et les connaissances dont nous avons besoin pour assurer la transition. Mais naturellement, il s’agit d’une communauté scientifique et universitaire, il faut donc lui donner du sens et voir comment utiliser concrètement ces connaissances», explique Paula Cacault. «Que signifie cette recherche en termes de modèle économique, en termes de gestion des ressources humaines et en termes d’innovation? Quelle orientation devez-vous donner aux start-up?»

Elle est particulièrement fière de l’équipe qu’E4S a constituée et du nouveau programme de master en technologie de gestion durable que l’E4S a récemment lancé.

«Les personnes diplômées de ce programme seront les dirigeants des entreprises qui opèrent dans ce nouveau monde en constante évolution», conclut Paula Cacault.


Author: Stephanie Parker

Source: People

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