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23.02.17 - Destiné prioritairement à de futurs ingénieurs civils des pays du Sud, un nouveau MOOC a atteint un large spectre d’étudiants, d'Haïti jusqu’à l’EPFL. L’expérience se renouvellera l’année prochaine.

L’EPFL a participé au lancement d’un nouveau MOOC en hydraulique fluviale au semestre dernier. Le contenu de cette quarantaine de séquences en ligne gratuites a été concocté en collaboration avec l’Université catholique de Louvain (UCL) et l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Les objectifs principaux du MOOC étaient de permettre à des étudiants du Sud d’accéder à des notions fondamentales de génie civil qui manquaient à leur cursus ou pour lesquelles ils n’avaient pas assez d’enseignants. Le MOOC visait également à mettre leurs compétences à jour grâce à de nombreux cas pratiques.

En tout, 1556 inscrits de 104 pays ont suivi le MOOC, des chiffres plutôt élevés pour la première édition d’un programme aussi spécialisé. On compte parmi eux 78% d’hommes et 22% de femmes. Quelque 304 étudiants haïtiens apparaissent sur le podium des statistiques du cours, du jamais vu, selon les responsables. Il est toutefois impossible de savoir combien d’entre eux sont arrivés au bout du programme. Derrière Haïti figurent la France et la Belgique, avec respectivement quelque 195 et 194 inscrits. 

A l’EPFL, Mário Franca (ci-contre), collaborateur scientifique senior affilié au Laboratoire de constructions hydrauliques, fait partie des enseignants ayant pris part au MOOC. «Ce cours est identique à celui que suivent les étudiants de l’EPFL au niveau Master. A la fin du programme, les ingénieurs doivent avoir des connaissances de base nécessaires au dimensionnement des canaux, des seuils de rivière et des ouvrages d’irrigation. Ils doivent aussi être capables de comprendre la dynamique sédimentaire dans les rivières et de calculer le niveau des crues. Ce domaine est important pour Haïti car le pays a besoin d’infrastructures hydrauliques et celles qu’il possède sont relativement anciennes… Et Haïti possède des rivières en forte pente dont le débit d’eau varie beaucoup d’une saison à l’autre, ce qui présente des enjeux de sécurité importants.» L’enseignant et chercheur a partagé sa tâche avec Pedro Manso, Giovanni De Cesare et Azin Amini, tous chercheurs au Laboratoire de constructions hydrauliques de l’EPFL, piloté par Anton Schleiss.

Au niveau de leur contenu, quelques cours font appel à des exemples haïtiens, apportés par les enseignants de l’UEH. Les cas pratiques issus des torrents des Alpes helvétiques servent directement aux ingénieurs en formation, notamment à ceux d’Haïti, car l’île possède un important domaine montagneux et des types d’écoulement et une dynamique sédimentaire semblables à la Suisse. Le MOOC comprend en outre un travail de sensibilisation à l’importance de l’hydrométrie, l’enregistrement automatique et journalier du débit d’eau des rivières. «Faire passer cette idée basée sur le long terme est un défi» souligne Mário Franca. «En Suisse, nos enregistrements remontent à plus de 100 ans. Ils nous permettent de prédire les apports d’eau essentiels au bon dimensionnement des ouvrages et aménagements hydrauliques et de connaître la dynamique sédimentaire… En Haïti, comme dans d’autres pays du Sud, il existe à ce jour peu d’enregistrements de ce type.»

Aussi suivi par des étudiants de l’EPFL

Surprise: la Suisse apparaît en neuvième position des pays ayant suivi le MOOC, avec un peu moins d’un cinquantaine d’inscrits. Ce nombre comprend principalement des alumni mais aussi des étudiants de niveau master actuellement inscrits à l’EPFL. «Je vois de plus en plus d’étudiants filmer nos cours pour en revoir plus tard certaines parties théoriques. Ces vidéos sont donc aussi utiles aux étudiants de l’EPFL qui souhaitent revoir une notion qu’ils ont peut-être mal comprise», explique Mário Franca. Au niveau pédagogique, l’enseignant plébiscite l’expérience: «L’enregistrement vidéo permet de nous voir enseigner et de nous perfectionner, de corriger les parties mal structurées de nos cours et d’améliorer la gestion de notre image.» 

Soutenu par le RESCIF

A travers le programme MOOCs Afrique de l’EPFL, le MOOC en hydraulique fluviale est soutenu par le RESCIF, le Réseau d'excellence des sciences de l'ingénieur de la Francophonie, dont l’EPFL assure cette année la présidence tournante. Le contenu du programme est ainsi entièrement en français.

L’Université catholique de Louvain, qui pilote ce MOOC, collabore depuis de nombreuses années avec l’Université d’Etat d’Haïti. Sandra Soares-Frazão, professeure à l’UCL, s’est adressée à l’EPFL pour renforcer son équipe et offrir un degré d’approfondissement scientifique au cours. «Les enseignants de l’EPFL avec qui nous avons collaboré ont la même vision de l’enseignement de l’hydraulique que nous», explique Sandra Soares-Frazão. «Nous avons donc pu concevoir un programme solide et approfondi, basé sur un partage équilibré des cours à fort caractère technique. Par ailleurs, les enseignants de l’EPFL ont apporté de nouvelles compétences dans lesquelles ils ont davantage d’expérience, par exemple, l’hydrométrie, l’utilisation de logiciels libres et, surtout, le développement de cas réels sur l’évolution morphologique de cours d’eau, décrits de manière très complète et détaillée.»

Bilan positif

Quatre enseignants de l’EPFL, deux de l’UCL et deux de l’Université d’Etat d’Haïti ont pris part à la quarantaine de leçons données sur un semestre. «Le bilan est très bon pour nous», commente Sandra Soares-Frazão. «Les étudiants haïtiens, notamment, ont réellement apprécié le cours. Ce qui les a particulièrement marqués, c’est le fait de voir leurs enseignants participer à une telle initiative internationale, aux côtés d’universités comme l’EPFL et l’UCL. C’était également une expérience très enrichissante pour les enseignants haïtiens. Elle leur permet d’améliorer la qualité de leurs cours, en proposant via le MOOC des exemples ou exercices complémentaires.» Même son de cloche du côté du RESCIF: «Ce MOOC a été l’occasion d’inclure des partenaires haïtiens pour la première fois et l’expérience étant concluante, nous ne pouvons donc qu’espérer que qu’il s’agit de la première d’une longue série de collaborations», observe Yuri Changkakoti, Secrétaire général du RESCIF et Chef de projet MOOCs collaboratifs.

Le MOOC en hydraulique fluviale reprendra dès septembre 2017, avec un allégement de son rythme, à la demande des utilisateurs: les quarante cours seront répartis sur deux semestres plutôt qu’un, comme lors de la première édition.

Auteur:Sandrine PerroudSource:ENAC | Environnement Naturel, Architectural et Construit
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