Avec Food & You, l'EPFL fait avancer la nutrition personnalisée

©  Murielle Gerber / EPFL 2019

© Murielle Gerber / EPFL 2019

Le Laboratoire d’épidémiologie digitale à l’EPFL lance Food & You, un des premiers grands projets de recherche scientifique citoyenne en Suisse sur la nutrition personnalisée. En créant une cohorte digitale, les chercheurs veulent faire un pas de plus vers une alimentation plus saine en prenant en compte les caractéristiques de chaque individu.

Depuis quelques années, de nombreuses études ont suggéré que ce qui constitue une alimentation saine ou malsaine dépend en partie de la physiologie et du mode de vie de chacun. Ceci a donné naissance au concept de nutrition personnalisée, qui prend en compte les caractéristiques individuelles pour établir un régime alimentaire ciblé. Des chercheurs ont montré que le niveau de sucre dans le sang (glycémie) varie en fonction de l’alimentation, du mode de vie (activité physique et sommeil) et du microbiome intestinal (communément appelé « flore intestinale ») de chaque individu.

Une étude participative pour faire avancer la science

C’est dans ce contexte qu’est né le projet Food & You. Les chercheurs de l’EPFL entendent confirmer que les individus réagissent de manière différente aux mêmes aliments, c’est-à-dire que les réponses glycémiques après un même repas varient énormément d’un individu à l’autre.

Food & You est un projet de « science citoyenne ». Dans ce cadre, les volontaires sont directement impliqués dans les activités de recherche avec pour résultat un accroissement de la connaissance scientifique et une sensibilisation aux questions scientifiques. Cela permet aussi aux chercheurs de partager leurs résultats, leur expertise et leur enthousiasme.

La particularité de ce projet est qu’il sera entièrement coordonné numériquement, dans le but de créer une cohorte digitale. A l’inverse des études conventionnelles, il n’y aura pas pas d’entretien individuel ou de rendez-vous médicaux. Toutes les instructions seront données via le site web ou par email et sms. Le matériel nécessaire sera envoyé par la poste et les données seront collectées via le site web et l’application MyFoodRepo, développée grâce au soutien de la Fondation Leenaards. Cet outil basé sur l’intelligence artificielle permet aux utilisateurs de suivre facilement leur consommation alimentaire en prenant en photo leur repas. Grâce à The Open Food Repo (ex-OpenFood), une base de données libre d’accès regroupant 38 000 produits alimentaires munis de code-barres, l’application associe un code-barres ou un plat à un produit en utilisant un algorithme de reconnaissance d’image et estime sa valeur nutritionnelle. Lancée en 2016, cette plateforme en ligne a été réalisée par le Laboratoire d’épidémiologie digitale de l’EPFL en partenariat avec la Kristian Gerhard Jebsen Foundation, acteur philanthropique suisse soutenant également le projet Food & You.

Planifiée sur plusieurs années, l’étude prévoit d’enrôler 1000 participants en Suisse par année. Durant 14 jours, ces derniers devront répertorier leur prise alimentaire quotidienne via l’application MyFoodRepo, leur activité physique et leur sommeil via une application smartphone ou une montre et leur taux de glucose sanguin en portant un petit capteur (modèle FreeStyle Libre) à poser très facilement soi-même. Ils devront également collecter et envoyer un échantillon de selles afin que l’ADN de leur microbiome puisse être séquencé. Enfin, il leur sera demandé de répondre en ligne à des questionnaires anthropométriques, démographiques et de santé.

Vers une nutrition personnalisée plus exacte

Avec le projet Food & You, l’équipe du Laboratoire d’épidémiologie digitale, dirigée par Marcel Salathé, veut construire un nouvel algorithme à partir des données collectées. Celui-ci permettra de prédire les réponses glycémiques individuelles après chaque prise de nourriture. « Les résultats de cette recherche pourraient avoir des conséquences importantes sur les recommandations alimentaires et les régimes personnalisés et donner des informations essentielles sur les effets de l’alimentation sur la santé au quotidien », estime le chercheur. Des collaborations prometteuses sont d’ailleurs en cours avec le service de pédiatrie des HUG, le CHUV, notamment avec le Service d’endocrinologie, diabète et métabolisme et avec l’IUSMP, ouvrant la voie à de potentielles nouvelles perspectives de prévention ou de traitement.