Partager: 

07.07.14 - Des chercheurs de l’EPFL ont mis au point une technique efficace pour déterminer quelles sont exactement les protéines responsables des allergies au lait. Cette approche novatrice sera applicable à d’autres denrées alimentaires.

Bien que les allergies aux aliments soient répandues, les individus qui en souffrent ne savent pas toujours ce qui provoque leur mal. En identifier la cause pourrait aider à personnaliser les traitements, par exemple en entraînant le système immunitaire à faire face à certaines protéines contenues dans la nourriture. Pour mettre le doigt sur la molécule responsable des allergies d’un patient, de longs tests sont nécessaires, et ceux-ci ne ne tiennent souvent pas compte des allergènes rares ou inattendus. Or, un article publié dans Analytical Chemistry annonce que des scientifiques de l’EPFL ont développé une méthode ultrasensible capable d’identifier rapidement et avec précision les protéines coupables, même à de faibles concentrations. Cette technique novatrice a été testée avec succès sur l’allergie au lait de vache.

Les allergies alimentaires sont devenues très communes dans le monde occidental. Environ 6-8% des enfants et 3% des adultes sont touchés . Elles se produisent lorsque le système immunitaire prend une protéine alimentaire inoffensive pour une menace et l’attaque, comme elle le ferait avec une bactérie ou un virus. En résultent des symptômes tels que des gonflements, des plaques, des douleurs, ou même de dangereux chocs anaphylactiques.

L’allergie aux produits laitiers est répandue chez les enfants, ce qui les empêche d’être nourris au sein et de boire du lait, même si certains s’en défont à partir de six ans. Ce genre d’intolérances notamment alimentaires, résultent de la production d’anticorps par un système immunitaire soucieux d’anéantir des molécules «ennemies», comme celles des bactéries et des virus. Dans le cas du lait, ces anticorps sont appelés «IgE». Si leur surproduction permet aux médecins de détecter une réponse allergique dans le sang, elle ne leur dit pas quelle est la protéine, parmi les nombreuses présentes dans le lait et dans d’autres aliments, qui se trouve à la source de la réaction .

Or, l’équipe d’Hubert Girault de l’EPFL a développé une méthode ultrasensible qui utilise les IgE d’un patient pour déterminer quelle est la protéine exacte qui induit la réponse allergique. Pour ce faire, elle a eu recours à une technique appelée électrophorèse capillaire d’immunoaffinité (ECI). Les IgE présents dans le sang sont d’abord isolés par interaction avec des billes magnétiques enrobées d’un type différent d’anticorps. Ceux-ci reconnaissent les IgE du patient et s’y lient le long d’un long tube étroit appelé capillaire (dont le diamètre n’excède pas 50 micromètres). Les anticorps liés sont ensuite propulsés de ce capillaire. Ils adhèrent fermement aux billes magnétiques via un processus nommé «réticulation», qui les empêche de se détacher. Les billes et les IgE sont ensuite replacés dans le capillaire.

Le test débute lorsque le lait est injecté à travers le capillaire. Les protéines laitières responsables des allergies sont progressivement captées par les IgE du patient, tandis que et les autres ressortent de l’autre côté. Les billes sont ensuite lavées avec un puissant agent chimique qui sépare les IgE du patient des protéines allergènes. d Celles-ci sont alors identifiées en utilisant la spectrométrie de masse, une technique qui analyse les composants d’après leur masse et leur charge électrique.

Cette méthode, qui offre une technique personnalisée pour identifier les protéines responsables de l’allergie, peut aider à développer un traitement adapté. Très efficace,elle ne nécessite aucune détection ou quantification d’anticorps IgE spécifiques, ni l’utilisation des méthodes usuelles de diagnostic, qui sont laborieuses et gourmandes en ressources. De plus, lle est plus précise que les techniques conventionnelles, car elle permet de détecter de faibles doses de protéines allergènes. Enfin, elle pourra également être appliquée à d’autres aliments, comme les noix ou les céréales.
---
Le sérum sanguin allergique utilisé dans cette étude provient de Bioreclamation LLC (New York). Le sérum sanguin non allergique utilisé comme contrôle a été gracieusement mis à disposition par le Centre régional vaudois de transfusion sanguine (Suisse).

Source
Gasilova N, Girault HH. Component-Resolved Diagnostic of Cow’s Milk Allergy by Immunoaffinity Capillary Electrophoresis–Matrix Assisted Laser Desorption/Ionization Mass Spectrometry. Analytical Chemistry 10 June 2014. DOI: 10.1021/ac500525n

Partager: