Le projet en tant qu'évolution

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Pour le professeur d’architecture Dieter Dietz, la recherche est indissociable de l’enseignement. Il axe ses recherches sur l’évolution du projet architectural, qui constitue aussi l’objectif premier de son enseignement.
En 2008, ALICE, l’atelier de deuxième année du professeur Dieter Dietz, a fait sensation (et remporté un prix) à londres avec son projet de digue flottante sur la tamise, dont la forme évoluait au gré des marées. Cette année, ALICE s’est lancé un nouveau défi: le panorama. Comment percevons-nous le paysage? quel rôle peut jouer l’architecture pour modifier cette perception ? Dans le cadre du projet entrée Alpine, les étudiants ont dû inventer une structure offrant au public une autre lecture d’un paysage alpin traditionnel.
Le site choisi fut le stellisee, un lac surplombant Zermatt, avec une vue de carte postale sur le Cervin. Peut-on imaginer paysage suisse plus typique ? transformer ce majestueux panorama pour en faire une expérience inédite constituait un véritable défi. baptisée evolver, la solution imaginée par les étudiants, est d’une beauté étonnante et, comme la digue flottante à londres, très réelle. C’est une structure en double hélice permettant un mouvement ininterrompu de 720 degrés. sur ce parcours, le cadre continu qui s’ouvre sur le panorama modifie à chaque pas la perspective du spectateur qui l’emprunte.
Le ciel, le lac, le sommet en arrière-plan, le sol, tous ces éléments se dévoilent harmonieusement par une fenêtre tantôt large, tantôt étroite, à la vue de ceux qui parcourent la structure. l’ouverture sur ce panorama transformé se fait d’abord de côté, puis sur le haut, puis vers le bas lorsque le visiteur passe au-dessus d’une fenêtre donnant sur le sol. le Cervin, quant à lui, n’est jamais complètement dans le champ. lorsqu’on sort de la structure, on a une envie irrésistible de la parcourir à nouveau dans l’autre sens.
Prévue en métal à l’origine, la structure a finalement été construite en bois dans les locaux de l’EFPL + ECAL lab. les étudiants ont dû fractionner le projet pour le réduire à ses éléments de base, avant de le remonter sur place, pièce par pièce, tel un puzzle géant. les divers éléments ont été conçus sur la base d’un relevé topographique détaillé effectué par les étudiants eux-mêmes. Ce sont eux aussi qui se sont chargés de scier, percer et assembler les principaux éléments de la structure sur un parking de l’EPFL. ils ont retranscrit leur expérience en images plans, dessins, construction sur un blog pour en faire un témoignage visuel in silico de la mission fondamentale de l’atelier ALICE : rapporter l’évolution du projet. le blog montre la réflexion approfondie qu’ont mené les étudiants, les diverses péripéties et hésitations jusqu’à ce qu’ils trouvent la solution, et toutes les idées qu’ils ont dû abandonner en cours de route. Cette documentation du « processus » donne au projet une profondeur et une richesse impossibles à rendre en voyant le résultat fini.
Dieter Dietz et ses assistants Katia Ritz, Olivier Ottevaere et Daniel Pokora ont mené les négociations avec la commune de Zermatt, organisé le transport des éléments et, lorsqu’il s’est avéré impossible d’acheminer les plus gros éléments vers le lac par la route, se sont arrangés avec les autorités de Zermatt pour obtenir un transport par hélicoptère. la commune, enthousiaste, a soutenu le projet et offert le logement à la cabane de Flüalp, à 2600m d’altitude, pendant le montage. une fois le plan arrêté, les étudiants ont réussi à construire evolver en à peine trois semaines avec l’aide de l’équipe du laboratoire. «la plupart du temps, on ne concrétise pas ce que l’on conçoit», explique olivier ottevaere. «Pour les étudiants, ce fut donc une occasion d’apprentissage unique».