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06.06.12 - Une équipe de recherche lausannoise est parvenue à identifier une molécule naturellement présente notamment dans le lait, la nicotinamide riboside, dont les effets bénéfiques sur l’organisme sont spectaculaires. Elle prévient la prise de poids, le diabète, et améliore la performance musculaire.

Le lait, peut-être la bière, et sans doute de nombreux autres aliments de consommation courante contiendraient une molécule dont les effets sur le métabolisme sont proprement spectaculaires. Johan Auwerx, professeur au Laboratoire de physiologie intégrative et systémique (LISP) et titulaire de la Chaire Nestlé en métabolisme énergétique de l’EPFL, occupe la Une de la revue Cell Metabolism du jour. Il y décrit une série d’expériences menées sur la nicotinamide riboside (NR), une substance encore très peu étudiée, mais dont on sait déjà qu’elle favorise indirectement l’activité des mitochondries, les «usines énergétiques» des cellules vivantes.

Avec son équipe et le laboratoire d’Anthony Sauve au Weill Cornell Medical College (New York), Johan Auwerx a souhaité étudier plus en détail le rôle de la NR. Le premier défi ayant été de l’obtenir, car sa synthèse est encore compliquée et coûteuse. Des souris ont ensuite été utilisées pour mesurer in vivo ses effets. Ceux-ci se sont révélés remarquables, à plusieurs points de vue:

Obésité évitée. Soumises à un régime riche en graisse, les souris qui ont reçu de la NR ont montré sur la balance que leur prise de poids n’atteignait que 60% de celle des souris ayant reçu la même alimentation, mais sans NR. En outre, aucune des souris traitées n’a donné les signes du développement d’un diabète, à la différence des autres. «Même avec un régime normal, la NR améliore la sensibilité à l’insuline», souligne Carles Cantó, premier signataire de l’article.

Efficacité musculaire augmentée. Les rongeurs qui ont bénéficié d’un complément alimentaire en NR durant dix semaines dépassaient en outre leurs congénères de 10% dans les courses d’endurance. Elles étaient en meilleure forme, ce que confirme la constitution de leurs fibres musculaires sous le microscope.

Meilleure dépense énergétique. Après huit semaines d’une alimentation normale enrichie de NR, les souris démontraient une meilleure résistance thermique dans un environnement climatisé.

Pour les chercheurs, ces résultats trouvent leur explication dans une amélioration du fonctionnement des mitochondries. Des investigations de détails leur ont permis de démontrer que l’ingestion de NR stimulait indirectement l’activité des sirtuines. Or ces enzymes améliorent les fonctions métaboliques liées aux mitochondries, dont la combustion des graisses et les capacités oxydatives des cellules. «Nos précédentes recherches agissaient génétiquement sur le «frein» de cette activité; celles-ci permettent au contraire d’appuyer sur la pédale des gaz!», illustre Johan Auwerx.

Certains des effets du vieillissement sont aussi mis en échec par l’amélioration du travail des mitochondries. Beaucoup des fonctions de l’organisme se dégradent en raison de la baisse d’activité de celles-ci ; en parvenant à la stimuler grâce à la NR, les chercheurs pensent pouvoir améliorer la santé, voire la longévité - des essais d’ores et déjà menés sur des vers nématodes semblent le démontrer. «Car cette substance a également la particularité d’agir sur un très large spectre d’êtres vivants, des levures aux mammifères en passant par les vers!» ajoute Carles Cantó.

Pas d’effets secondaires
Ce ne sont pas là les seuls atouts de cette «vitamine cachée». Le fait qu’elle soit naturelle et présente dans plusieurs aliments, en premier lieu, facilitera grandement son acceptation par la population dans une optique d’utilisation nutritionnelle ou thérapeutique. En outre, «malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas parvenus à déceler d’effets secondaires» poursuit Carles Cantó. Même avec des doses dix fois supérieures à la quantité «efficace» du produit, aucun trouble ne s’est développé. «Il semble vraiment que les cellules utilisent ce dont elles ont besoin au moment où elles en ont besoin, et que le reste est mis en attente sans se transformer en un quelconque dérivé dangereux pour la santé», explique le chercheur. A ce titre, dans l’exemple du traitement des effets du cholestérol, la NR aurait un avantage décisif sur son «cousin» le NA (acide nicotinique, ou niacine): il est aussi efficace, mais provoque des troubles secondaires.

Ces travaux auront certainement de nombreuses implications dans les domaines de la nutrition, du soin de certains troubles, voire du développement d’ «alicaments». «En premier lieu il faudrait toutefois que d’autres laboratoires, ainsi que des entreprises capables de la synthétiser ou de l’extraire, s’intéressent à cette molécule», dit Johan Auwerx. S’il a pu détecter la NR dans le lait, il suspecte déjà sa présence ailleurs. «Mais à l’heure actuelle, nous ne pouvons même pas mesurer sa concentration dans le lait, prévient-il. Impossible donc de savoir combien il faudrait en boire pour pouvoir en observer les effets.»

C’est un nouveau champ de recherche que vient d’ouvrir la «vitamine cachée du lait». Il intéressera de nombreux corps de métiers, des médecins aux nutritionnistes et aux sportifs, ainsi que les producteurs de vitamines synthétiques. Le travail ne fait que commencer, mais «nous savons désormais pourquoi les mamans ont raison de dire à leurs enfants de boire leur lait!», plaisante Johan Auwerx.

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