La pomme doit-elle toujours tomber à côté de l'arbre ?

© 2011 Photos.com

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Des recherches menées par la chaire de stratégie et innovation d’entreprise de l’EPFL démontrent que les spin-outs d’entreprises, contrairement aux études antérieures, ne s’installent pas systématiquement près de leurs géniteurs. Rester ou partir, quelles sont leurs stratégies ?

«J’ai été très étonné, en poursuivant mes recherches, de constater que 50% des spin-outs ne se localisent pas forcément à proximité de la firme mère. » Le professeur Christopher Tucci, démontre dans un article paru cet été dans Strategic Entrepreneurship Journal, que ces nouvelles sociétés peuvent aussi faire le choix de s’implanter à plusieurs milliers de kilomètres, voire sur d’autres continents que leurs parents. Son étude porte sur des entreprises internationales, spécialisées dans les disques durs et ayant leur siège aux Etats-Unis. Il s’est appuyé sur une base de données qui englobe les quelque 400 comtés américains. C’est un domaine en perpétuel bouleversement qu’il connait bien et qu’il observe depuis de très nombreuses années. Alors pourquoi ces entreprises choisissent-elles de s’installer ou de s’éloigner?

Pourquoi rester ?

Une théorie de l’agglomération a été produite dans les années 2000. Elle émet l’hypothèse qu’un entrepreneur choisit toujours de rester dans la zone proche de son géniteur. Cela afin de bénéficier de l’effet de groupe. Une décision qui permet à ces toutes nouvelles entreprises travaillant dans un même secteur d’activité, de profiter de la stabilité et de la solidité de la firme mère et de s’intégrer dans un réseau fournisseurs et clients sur place. « Notre étude montre que les entreprises qui choisissent de ne pas se déplacer ont des stratégies plus agressives et pour ce faire, elles doivent préserver des relations locales. Nous avons ainsi constaté que celles qui décident de rester dans un périmètre restreint, sont technologiquement bien plus fortes et avancées que les autres spin-outs mais financièrement égales,» explique Christopher Tucci.

Pourquoi s’éloigner ?

Celles qui décident de partir ne tablent pas sur l’innovation technologique mais recherchent d’autres marchés à investir. «Grâce à cette étude nous comprenons mieux comment se positionnent les spin-outs sur le marché. Dans les deux cas l’entreprise de laquelle elles sont issues devient souvent leur principal client. »
Une autre théorie qui n'a pas été confirmée par cette étude, est la théorie du "spillover." Elle émet l’hypothèse que les entreprises plus fortes ne veulent pas aller dans une zone "agglomérée" à cause des "spillovers" : de la peur du plagiat des idées et/ou les technologies. « Mais cet effet ne se lisait pas de manière évidente dans la base de données utilisée pour cette recherche, » précise le professeur Tucci.
Autre constat, les spin-outs qui restent génèrent la majorité des nouvelles spin-outs. Le chercheur donne comme exemple le cas d’IBM : « Les grandes entreprises du disque dur sont presque toutes issues d’IBM. » Sa première spin-out fut Seagate Technology, créée en 1978 par Al Shugart et Finis Conner. Cette société qui fabrique, entre autre, les disques durs embarqués dans la PlayStation 3 de Sony et la XBox de Microsoft, a des sites de R&D dans la Silicon Valley puis s’est installée aussi en Irlande du Nord ou encore à Singapour. Et ce qui est intéressant, c’est qu’elle a, elle-même, engendré plusieurs spin-outs.