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10.03.15 - Deux tiers de l’humanité n’ont pas accès aux techniques de radiologie, indispensables à la pratique de la médecine moderne. L’EPFL a présenté le 9 mars GlobalDiagnostiX, un appareil hi-tech dix fois moins cher que les solutions existantes, développé spécifiquement pour les pays du Sud.

Beaucoup d’hôpitaux du Sud sont aussi des cimetières à appareils médicaux. Souvent envoyés par l’aide internationale, de nombreux systèmes de radiologie ne peuvent jamais être utilisés, en raison notamment des conditions climatiques et de l’instabilité des réseaux électriques. En quelques semaines seulement, ils sont hors d’usage. Le manque de personnel qualifié ou de pièces de rechange fait rapidement disparaître tout espoir de les faire fonctionner. L’absence d’accès à la radiologie dans une grande partie des pays du Sud représente un grave problème de santé publique, que ce soit pour le dépistage de la tuberculose ou les soins des blessés de la route

GlobalDiagnostiX est le premier appareil d’imagerie médicale spécialement conçu pour les pays du Sud. Son coût d’achat et d’entretien est 10 fois plus faible que les solutions existantes. Un prototype pleinement fonctionnel a été dévoilé à Lausanne le 9 mars 2015. Il a été conçu à l’EPFL, sous l’impulsion du Centre de coopération et développement.

L’équipe d’EssentialTech, chargée du projet, pilote le consortium de partenaires. Des laboratoires de l’EPFL, dix groupes de recherche de la HES-SO (domaine santé, ingénierie et design), l’Institut Paul Scherrer, le CHUV, la fondation EssentialMed et l’Institut tropical et de santé publique suisse ont ainsi travaillé en étroite collaboration avec l’Hôpital universitaire de Yaoundé (Cameroun), le Centre universitaire de recherche sur l’énergie pour la santé au Cameroun, et d’autres acteurs locaux.

Résister au climat : mécanique, fiable et à bas coût
L’appareil est spécifiquement conçu pour défier les assauts du climat. Il n’y a par exemple aucune électronique dans le contrôle des mouvements de l’appareil, qui peut monter, descendre, et basculer en fonction de la partie du corps à radiographier. Seuls des éléments mécaniques, solides et inoxydables, sont sollicités. Un mécanisme subtil et robuste facilite les manipulations tout en interdisant les erreurs pouvant mener à des chocs ou de mauvaises radiographies.

Maintenir les coûts au plus bas: un capteur d’image composite
Le capteur d’images radiographiques a été complètement repensé pour résister aux chocs ainsi qu’à la température et à l’humidité. Très bon marché, il s’appuie sur une matrice de douze capteurs CMOS dont les images sont assemblées par le logiciel de la machine. Ces capteurs se trouvent dans le commerce et leur coût est modéré; leur remplacement peut donc s’effectuer facilement.


Résister au réseau électrique: une alimentation qui fait face aux pires conditions
Le dernier développement est sans doute le plus important: résister aux réseaux électriques souvent défaillants ou sous-dimensionnés. En effet, pour pouvoir fonctionner, un émetteur de rayons X a besoin d’une tension pouvant aller un bref instant jusqu’à 150'000 volts! Le module d’alimentation fournira cette puissance sans surcharger les réseaux des hôpitaux du Sud, dont la consommation totale est souvent inférieure à celle du seul appareil de radiologie. Il implémente également un système de stockage d’énergie innovant, permettant à l’ensemble du système de fonctionner plusieurs heures même sans apport de courant extérieur

Et la recherche continue. Premier objectif : rassembler les fonds – un peu moins de 2 millions de francs – qui permettront d’éprouver la fiabilité du premier prototype et de l’améliorer en vue de la réalisation d’une seconde version d’ici l’année prochaine.

Un modèle entrepreneurial et local, des coûts divisés par 10
Conçu de A à Z pour répondre précisément aux besoins des hôpitaux du Sud, GlobalDiagnostiX devra sortir du laboratoire pour se rendre sur le terrain. Une entreprise à but social est en cours de création à cette fin. Elle aura pour objectif de rendre accessible la radiologie dans les pays du Sud, mais aussi d’être financièrement autonome. Le modèle d’affaire de cette entreprise, ainsi que la stratégie d’industrialisation et de déploiement, ont été élaborés avec de nombreux acteurs comme des clients et partenaires potentiels, en Suisse et en Afrique.

Le projet a notamment reçu le soutien de Pascal Hundt, chef de la division « Assistance » du Comité international de la Croix-Rouge. Il soulève également l’enthousiasme de Jeffrey Sachs, économiste et consultant de Ban Ki-moon aux Nations unies, pour qui «des équipements bien adaptés sont un prérequis pour un système de santé de qualité. C’est pourquoi nous suivons de près ce projet prometteur, qui s’intéresse dans sa globalité au défi des équipements médicaux.»

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