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07.04.15 - Des chercheurs de l’EPFL ont découvert une protéine capable d’activer ou désactiver un cytomégalovirus dormant, terrible pathogène lorsque le système immunitaire est affaibli, comme lors de transplantations d’organes. Ces recherches ouvrent la voie à un nouveau traitement qui permettrait de réveiller le virus afin de l’éradiquer par des médicaments usuels.

Publiée dans eLife, une étude menée par des chercheurs de l’EPFL montre comment le cytomégalovirus pourrait être combattu chez les patients à haut risque et éliminé des organes avant une éventuelle greffe.

Comme tous les autres membres de la famille de l’herpès, le cytomégalovirus humain (CMVH), est un virus très répandu qui provoque des infections à vie chez les humains. Ses symptômes peuvent être facilement combattus par un système immunitaire sain, mais sont dangereux pour des personnes immunodéprimées, comme des nouveau-nés, des patients atteints du SIDA ou des individus sous immunosuppresseurs suite à une transplantation d’organe.

Il perdure la vie entière en se cachant dans les cellules souches qui fabriquent le sang (hématopoïétiques), où il reste en dormance et ne peut être détecté. Occasionnellement, il se réveille dans la descendance de ces cellules, ce qui peut avoir des effets dévastateurs chez des personnes dont le système immunitaire est affaibli.

Orienter l’aiguillage

A l’EPFL, le laboratoire de Didier Trono a détecté une protéine susceptible de faire passer le CMVH de sa position « dormante » à « active ». Celle-ci est liée au génome du CMVH dans les cellules souches hématopoïétiques infectées de façon latente, et se modifie face à divers stimuli externes, causant l’activation virale.

Les scientifiques ont pu en outre contrôler ce commutateur avec un médicament appelé chloroquine, habituellement administré contre la malaria. Un traitement à la chloroquine des cellules souches hématopoïétiques renfermant du CMVH en latence leur a permis de réactiver le virus, qui s’est retrouvé à nouveau exposé, et donc vulnérable à des manœuvres d’élimination au sein des cellules infectées.

Le CMVH infecte 60% de la population des pays industrialisés, et presque tout le monde dans les régions moins favorisées. Cette étude au concept simple s’avère cruciale. En effet, elle met en lumière le mécanisme moléculaire grâce auquel le CMVH devient dormant dans les cellules souches hématopoïétiques, ce qui pourrait influencer le traitement d’autres infections herpétiques. Elle fournit également une méthode directe qui force le CMVH à se dévoiler dans les tissus infectés. Combiné à une dose simultanée d’antiviraux, ce protocole pourrait devenir standard afin d’éradiquer le virus des patients à haut risque et de l’éliminer des tissus avant une transplantation.

L’équipe de Trono teste désormais l’efficacité de sa méthode dans l’élimination du CMVH des cellules utilisées pour les greffes de moelle osseuse, puis s’intéressera à mettre au point les premières phases de test sur les humains.

Source

Rauwel B, Jang SM, Cassano M, Kapopoulou A, Barde I, Trono D. Release of Human Cytomegalovirus from latency by KAP1/TRIM28 phosphorylation switch.eLife DOI: 10.7554/eLife.06068

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