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23.05.12 - Les personnes ne sachant ni lire, ni écrire ont désormais accès aux SMS. Un système mixant notamment synthèse vocale, icônes et gestionnaire de contacts leur permet d’envoyer et de comprendre des messages écrits. Le système est déjà utilisé en Suisse romande.

Plus de 800 millions de personnes dans le monde sont illettrées. A l’heure où les SMS sont devenus un mode de communication courant, pratique et peu onéreux, elles n'y ont pas accès. Des étudiants du Laboratoire de design et medias de l’EPFL ont mis au point une application pour smartphone, EasySMS, pour pallier à cette inégalité.

«Rendez-vous»-«à»-«13»-«heures»: chaque mot du texto reçu est surligné. Il équivaut à un bouton tactile. Lorsque l’utilisateur le touche, le système prononce ce qui est écrit. Pour répondre ou créer un message, il suffit d’utiliser les icônes contenues dans l’application et de faire glisser les mots du message reçu pour compléter. «Cette application est un assemblage de différents systèmes existant, notamment la synthèse vocale, qui permet de créer de la parole artificielle à partir de n'importe quel texte», explique Oscar Bolaños, l’un des étudiants du projet.

Mais comment choisir un destinataire sans pouvoir lire son nom ? Pour remédier à ce problème, EasySMS propose un gestionnaire de contact avec des avatars dont on peut changer les caractéristiques. Coupe de cheveux, lunettes ou couleurs des yeux, par exemple, permettent à la personne illettrée de reconnaître son contact du premier coup d’oeil.

L’idée de cette application est partie d’un travail de master proposé par le Laboratoire de design et medias de l’EPFL. Les chercheurs du groupe se sont rendus en 2010 dans un village de fermiers, en Inde, dans le cadre d’un projet financé par le Centre Coopération & Développement (CODEV) et la Swiss development agency en 2010. Sur la base des nombreux interviews, les étudiants du cours «Personal interaction studio» avaient pour mission de trouver une application qui pourrait être utile aux paysans de la région de Pavagada.

«Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les téléphones portables, comportant d’autres services que la téléphonie, sont très courant en Inde, même dans des régions rurales et pauvres, souligne Hendrik Knoche, post-doctorant. Souvent les habitants l’utilisent sans abonnement, pour écouter de la musique. Le prix des smartphone les moins chers, environ 50 francs, représente approximativement 20 jours de travail. Il a d’ailleurs baissé suffisamment ces derniers temps pour imaginer qu’ils seront tout bientôt accessibles aux fermiers indiens. De plus la couverture de téléphonie mobile augmente rapidement, et les SMS sont très peu chers, voire gratuits. »

Le système est disponible dans toutes les langues pour lesquelles existe une solution de synthèse vocale. Mis au point par Elsa Friscira en ce qui concerne la partie SMS, Oscar Bolaños pour la partie avatar et Lukas Frelich, il a été élaboré après avoir rencontré plusieurs participants aux formations de l’association pour aider les personnes illettrées, «Lire et écrire». «Plusieurs membres ont testé EasySMS en Suisse romande sur des smartphones Android et les commentaires ont été très positifs», souligne Elsa Friscira. Par exemple, une mère illéttrée peut plus facilement rester en contact avec sa fille qui habite dans une autre ville. Elle peut maintenant lui envoyer à tout moment un SMS avec quelques icônes pour lui dire qu’elle pense à elle en plus de leur rendez-vous téléphonique hebdomadaire.

Seule entrave pour l’instant à une utilisation par les paysans du sud de l’Inde : le système de synthèse vocale n’est pas disponible dans leur langue Kannada. Mais d’après Hendrik Knoche, c’est un problème qui pourrait être résolu d’ici six mois déjà, par des instituts de recherche indiens et peut-etre Google.

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